ACP : « La grande chasse a encore un avenir », estime Pascal-Marion Bourgeat

Alors que plusieurs territoires africains restent fragilisés par l’instabilité sécuritaire et que le métier évolue rapidement, l’Association des guides de chasse professionnels (ACP) continue de former de nouveaux guides et de défendre une certaine vision de la chasse à l’étranger. Pascal-Marion Bourgeat, président de l’association MA.SA.RE., spécialisée dans la lutte anti-braconnage en Afrique, guide de chasse ACP et vice-président de l’association, revient sur l’état actuel de la profession, les difficultés du terrain et les perspectives d’avenir.

Combien de guides de chasse professionnels compte aujourd’hui l’ACP ?

Aujourd’hui, l’ACP compte environ une cinquantaine de guides de chasse professionnels. La majorité exerce encore en Afrique, qui reste le principal terrain d’activité de nos membres. C’est historiquement le cœur du métier. En revanche, le nombre de guides a plutôt tendance à diminuer ces dernières années. Plusieurs professionnels sont partis à la retraite ou ont cessé leur activité, et surtout nous avons perdu plusieurs grands pays de chasse en Afrique francophone. Le Burkina Faso, le Mali ou encore certaines zones du Bénin sont devenus très compliqués à cause des risques sécuritaires et du terrorisme. Malgré cela, il existe encore une vraie vocation. Cette année, nous avons formé cinq aspirants guides. Si l’on forme une dizaine de guides tous les cinq ans, ce sera déjà très bien. Le plus important reste qu’ils puissent trouver du travail derrière.

Peut-on encore vivre uniquement du métier de guide de chasse ?

Oui, mais cela devient plus compliqué qu’avant. Sur la cinquantaine de guides ACP, je dirais qu’environ la moitié vit encore totalement de cette activité. Pour les autres, le métier est devenu une activité complémentaire. Le principal problème reste la diminution des territoires accessibles. Moins de pays ouverts signifie moins d’opportunités pour les guides professionnels. L’instabilité politique ou sécuritaire dans certaines régions d’Afrique a profondément modifié le secteur. Cela dit, certains territoires reviennent progressivement. La Guinée-Bissau, par exemple, attire de nouveau quelques professionnels. Le Congo fonctionne également plutôt bien aujourd’hui. L’Afrique australe reste de loin la région où la chasse professionnelle se porte le mieux.

Est-ce que le profil des chasseurs évolue lui aussi ?

Oui, clairement. Les chasseurs sont aujourd’hui plus responsables et davantage sensibilisés aux questions de gestion de la faune et de biodiversité. On observe aussi la présence de plus en plus de femmes et c’est une bonne chose. Concernant le tourisme cynégétique européen, je dirais que la fréquentation reste relativement stable, même si plusieurs événements ont eu un impact important ces dernières années. Le Covid a fortement ralenti les voyages, puis la guerre en Ukraine a créé de nouvelles inquiétudes. Moi-même, j’ai travaillé en Serbie et en Bosnie-Herzégovine. Même si ces pays sont loin du conflit ukrainien, certains chasseurs n’ont plus voulu s’y rendre. Aujourd’hui encore, les tensions internationales, notamment au Moyen-Orient, ont des conséquences sur les déplacements des chasseurs.

La grande chasse a-t-elle encore un avenir selon vous ?

Oui, bien sûr. La grande chasse a encore un avenir, notamment parce qu’elle participe à la protection de la faune et au maintien de la biodiversité dans de nombreux territoires. Toute l’Afrique australe fonctionne encore très bien avec beaucoup d’animaux et des systèmes de gestion performants. L’Afrique de l’Ouest traverse une période plus difficile, mais nous espérons que la situation évoluera positivement dans les prochaines années. Aujourd’hui, les guides ACP travaillent encore dans plusieurs pays : Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau, Cameroun, Congo, Tanzanie ou Mozambique. Certains exercent également au Québec, au Portugal, en Espagne, dans les Balkans et bien sûr en France. Dans plusieurs pays d’Afrique australe, nos guides travaillent parfois sous le couvert administratif de guides sud-africains ou namibiens.

L’ACP continue-t-elle à former de nouveaux guides ?

Oui, et c’est même une priorité. Les 11, 12 et 13 mai derniers, nous avons organisé à Villefranche-sur-Saône une formation théorique destinée aux aspirants guides ACP. Cette session a été financée par l’ACP ainsi que par une subvention de la Fédération des chasseurs du Rhône et de la Métropole de Lyon. Les candidats ont d’ailleurs été félicités à distance par Frank Vannier, président de l’ACP. Pendant trois jours, les stagiaires ont travaillé sur de nombreux sujets : faune et flore, survie, techniques de chasse, gestion d’un camp de chasse, armes et balistique, réglementation, géopolitique, sécurité, mécanique, biodiversité ou encore lutte anti-braconnage. L’examen final comprenait 70 questions de QCM, 30 questions écrites, des reconnaissances photographiques et une épreuve rédactionnelle. Les cinq candidats ont été reçus : Guillaume Alazay, Frédéric Siebert, major de promotion, Stéphane Delhorbe, Pierre Becel et Charles de Wouters. Les formateurs étaient Philippe Monnet, Philippe Landry et moi-même. Les diplômes ont ensuite été remis par Alain Berlioz Curlet, président de la Fédération des chasseurs du Rhône et de la Métropole de Lyon, accompagné de Jean-Louis Dampfhoffer, vice-président de la fédération. Plus de cinquante ans après sa création, l’ACP continue ainsi de défendre une certaine idée de la chasse professionnelle : exigeante, tournée vers le terrain, la transmission des savoirs et la préservation durable de la faune sauvage.

Partager cet article


Rédacteur en chef, SoChasse

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Are you human? Please solve:Captcha


Depuis la proposition de loi du sénateur Patrick Chaize visant à « améliorer la sécurité à la chasse », le...

Découvrez d'autres articles

Retour en haut