Sangliers : accuser les chasseurs, un procès bien trop facile

Sangliers

Avec 1 015 429 sangliers prélevés en France lors de la saison 2025-2026, certains défenseurs des animaux accusent les chasseurs d’être responsables de leur prolifération. Une explication bien commode qui occulte pourtant les réalités biologiques, climatiques et agricoles d’un phénomène observé bien au-delà de nos frontières.

Les chasseurs dans le viseur de One Voice

Le franchissement historique du million de sangliers prélevés en France n’aura pas tardé à relancer les attaques contre le monde cynégétique. Pour l’association One Voice, les chasseurs seraient en quelque sorte responsables du problème qu’ils sont aujourd’hui chargés de résoudre. Sa présidente, Muriel Arnal, affirme notamment : « On a confié cette régulation à des gens dont c’est le loisir. Ils ont intérêt à maintenir leur loisir et à ce qu’il y ait beaucoup de sangliers. ». L’argument est connu. Les chasseurs entretiendraient volontairement des populations abondantes pour préserver leur activité, tout en se présentant comme indispensables à leur régulation. Mais cette lecture des événements se heurte à plusieurs réalités scientifiques et économiques. À commencer par un constat essentiel : la multiplication des sangliers ne concerne absolument pas la seule France.

Une prolifération mondiale

C’est précisément ce que souligne Nicolas Rivet, directeur général de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), lorsqu’il rappelle que l’expansion des populations de sangliers constitue un « phénomène mondial ». Et les données internationales lui donnent raison. Dans son rapport publié en 2025, la Fédération européenne pour la chasse et la conservation (FACE) souligne que les populations de sangliers progressent dans de nombreuses régions du monde. Le phénomène touche notamment l’Europe, mais également la Turquie, le Japon, la Chine et l’Afrique du Nord. Des populations de suidés sauvages ou retournés à l’état sauvage connaissent également une forte expansion aux États-Unis et au Canada. À l’échelle européenne, quelque 3,3 millions de sangliers sont prélevés annuellement dans les 31 pays concernés par les données compilées par la FACE. L’Allemagne, l’Espagne ou encore plusieurs pays d’Europe centrale sont ainsi confrontés à des problématiques comparables à celles de la France. Difficile, dès lors, de présenter les seules pratiques cynégétiques françaises comme l’explication déterminante d’un phénomène d’une telle ampleur.

Le climat favorise les sangliers

Parmi les principaux facteurs identifiés figure le réchauffement climatique. Les hivers moins rigoureux réduisent la mortalité naturelle des marcassins, tandis que les températures plus clémentes facilitent l’accès aux ressources alimentaires. Or, le sanglier possède des capacités reproductrices particulièrement élevées. Une laie peut mettre bas cinq à six marcassins, parfois davantage selon son âge, son état physiologique et les ressources disponibles. À cette dynamique s’ajoutent les modifications profondes des paysages agricoles. La généralisation de certaines grandes cultures, notamment le maïs, offre aux compagnies des ressources alimentaires abondantes et des refuges difficiles à pénétrer. Les bonnes glandées et fainées renforcent encore cette disponibilité alimentaire. Comme le rappelle Nicolas Rivet, le sanglier est « très opportuniste dans sa nourriture et profite du fait qu’il y ait du maïs partout ». Le développement des surfaces forestières, la capacité d’adaptation exceptionnelle de l’espèce et l’évolution des milieux naturels contribuent également à cette expansion. Autant de facteurs parfaitement documentés, qui ne disparaissent évidemment pas lorsqu’on désigne les chasseurs comme responsables.

Agrainage et nourrissage : une différence essentielle

Autre accusation récurrente : les chasseurs favoriseraient la reproduction des sangliers en leur distribuant de la nourriture. Mais encore faut-il distinguer le nourrissage destiné à concentrer artificiellement les animaux de l’agrainage dissuasif, outil de prévention des dégâts agricoles. L’article L425-5 du Code de l’environnement interdit expressément le nourrissage destiné à concentrer des sangliers sur un territoire. En revanche, il prévoit la possibilité d’autoriser des opérations d’agrainage dissuasif dans le cadre des schémas départementaux de gestion cynégétique. L’objectif consiste à détourner temporairement les animaux des cultures particulièrement vulnérables, notamment durant certaines périodes sensibles. Nicolas Rivet explique ainsi : « On en met parfois pour fixer les populations, pour éviter qu’elles aillent commettre des dégâts. ». Il ne s’agit donc pas, dans ce cadre réglementé, de multiplier les sangliers pour le plaisir de les chasser, mais de limiter leurs incursions dans les parcelles agricoles. Concernant les lâchers de sangliers, le directeur général de la FNC rappelle également la position actuelle de la Fédération : « On est contre, car il y en a trop. ». Quant aux accusations relatives à d’anciennes pratiques d’hybridation, il répond : « C’est possible qu’il y ait des gens qui aient fait ça à un moment donné. Mais ce n’est pas ça qui explique aujourd’hui l’explosion des sangliers. »

Les résultats sont pourtant là

Les opposants à la chasse dénoncent régulièrement l’inefficacité supposée de la régulation cynégétique. Pourtant, un chiffre mérite d’être rappelé. Selon une réponse officielle du ministère de la Transition écologique publiée le 13 octobre 2026, les surfaces agricoles endommagées par le grand gibier ont diminué de 28 % entre 2019 et 2025 à l’échelle nationale. Un résultat obtenu dans le cadre des mesures de maîtrise des populations, associant notamment l’augmentation des prélèvements, la prévention des dégâts et l’adaptation des dispositifs de gestion. Certes, les populations de sangliers demeurent importantes et les dégâts continuent de peser lourdement sur l’agriculture française. Leur coût annuel est évalué entre 90 et 100 millions d’euros par les fédérations de chasseurs. Mais contrairement à ce que pourrait laisser penser le discours de leurs détracteurs, les chasseurs ne sont pas uniquement des utilisateurs de cette ressource naturelle. Ils participent directement à sa gestion et supportent, par l’intermédiaire de leurs fédérations, une part majeure du système d’indemnisation des agriculteurs. Nicolas Rivet le rappelle sans détour : « Il ne faut pas oublier non plus que ce sont les chasseurs qui indemnisent les dégâts aux agriculteurs. »

Accuser les chasseurs ne règle rien

Personne ne conteste que l’activité humaine a profondément modifié les conditions de vie et de reproduction du sanglier. L’agriculture moderne, l’évolution des paysages et certaines pratiques passées ont pu contribuer à cette situation. Mais prétendre expliquer la prolifération actuelle de l’espèce par le seul intérêt supposé des chasseurs relève d’un raccourci particulièrement réducteur. Le réchauffement climatique, les ressources alimentaires abondantes et l’extraordinaire plasticité écologique du sanglier constituent des facteurs majeurs qu’aucune analyse sérieuse ne saurait ignorer. Et une question demeure : sans les 1 015 429 sangliers prélevés la saison dernière en France, quelle serait aujourd’hui l’ampleur des dégâts agricoles et des difficultés de cohabitation avec cette espèce ? Faire des chasseurs les boucs émissaires de la prolifération du sanglier est facile. Se passer de leur contribution à sa régulation serait autrement plus compliqué.

Partager cet article


Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis bientôt vingt-cinq ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Are you human? Please solve:Captcha


Depuis son lancement en 2008, la Browning X-Bolt s’est imposée comme l’une des références du marché des carabines à verrou.

Découvrez d'autres articles

Retour en haut