Face à la multiplication des collisions avec les sangliers et les chevreuils, une battue administrative va être organisée dimanche 11 octobre entre Kervignac et Landévant, dans le Morbihan. Pendant quatre heures et demie, douze kilomètres de RN 165 seront entièrement fermés à la circulation. Une opération exceptionnelle qui rappelle que l’augmentation des populations de grand gibier est aussi devenue un véritable enjeu de sécurité routière.
Douze kilomètres de voie rapide entièrement fermés
Dimanche 11 octobre, de 7 h 30 à 12 h, les automobilistes ne pourront plus emprunter la RN 165 entre Kervignac et Landévant, sur l’axe Lorient-Auray. La route sera fermée dans les deux sens sur environ douze kilomètres, entre les échangeurs de Locoyarne et de Mané-Krapign, et plusieurs déviations seront mises en place. Il ne s’agit pas d’une battue ordinaire mais d’une battue administrative décidée face à une situation devenue préoccupante. L’opération sera conduite par des lieutenants de louveterie désignés par le préfet, avec la participation de la Fédération départementale des chasseurs du Morbihan, de la Direction interdépartementale des routes de l’Ouest et de SNCF Réseau. Le secteur présente une difficulté particulière. Plusieurs parcelles sont enclavées entre la RN 165 et la voie ferrée. Difficiles à chasser dans des conditions normales de sécurité, elles constituent des zones refuges pour les sangliers et les chevreuils. Une situation qui favorise leur présence immédiate au voisinage de deux infrastructures où une traversée peut avoir des conséquences particulièrement graves.
Des collisions multipliées par trois en dix ans
La préfecture ne cache d’ailleurs pas l’ampleur du problème. Depuis une dizaine d’années, le Morbihan est le département breton le plus touché par les collisions avec la faune sauvage et leur nombre y aurait été multiplié par trois. Sangliers et chevreuils sont particulièrement concernés. À 110 km/h, l’irruption d’un animal de plusieurs dizaines de kilos sur une voie rapide laisse évidemment très peu de possibilités au conducteur. À cela viennent s’ajouter les collisions ferroviaires, elles aussi suffisamment nombreuses pour que SNCF Réseau participe directement à l’opération. Les dégâts ne s’arrêtent pas aux infrastructures de transport. La préfecture évoque également des dommages causés par les sangliers aux cultures et aux biens des particuliers qui « ne cessent de croître ». La concentration des animaux dans ces parcelles difficilement accessibles finit donc par poser simultanément des problèmes agricoles, ferroviaires et routiers.
La grande faune, un véritable risque routier
Le cas morbihannais est spectaculaire mais il ne constitue pas une anomalie. Les collisions avec les grands ongulés sont suivies depuis plusieurs décennies en France et concernent principalement les chevreuils et les sangliers, devant le cerf. Les statistiques nationales doivent toutefois être maniées avec prudence. Les méthodes de recensement ayant changé au fil du temps, il n’existe plus aujourd’hui de compteur unique permettant de comparer proprement chaque année. Un rapport consacré aux ongulés sauvages publié par les pouvoirs publics faisait néanmoins état, pour la seule année 2019, de 11 personnes tuées et environ 300 blessées dans des collisions routières avec des ongulés sauvages. Si l’on ajoute à cela les sorties de route liées à des manœuvres d’évitement, les chiffres grimpent à plus 40 000 accidents par an avec une cinquantaine de morts et plus de 1200 hospitalisation. Le phénomène est loin d’être nouveau. Dès la fin des années 2000, plusieurs dizaines de milliers de collisions annuelles étaient enregistrées lorsque le Fonds de garantie centralisait encore une grande partie des dossiers. Les données de l’époque plaçaient déjà très largement le sanglier et le chevreuil en tête des espèces concernées. L’explication est assez mécanique : davantage d’animaux présents sur des territoires de plus en plus largement occupés, auxquels s’ajoute un réseau routier dense et un trafic important, multiplient les occasions de rencontre entre véhicules et grande faune.
Quand la régulation devient une mesure de sécurité
La fermeture complète d’une voie rapide pendant quatre heures et demie n’est évidemment pas une décision anodine. Elle montre surtout jusqu’où il faut parfois aller pour pouvoir intervenir en toute sécurité dans des secteurs devenus pratiquement impossibles à chasser dans des conditions ordinaires. Dans le Morbihan, chasseurs, lieutenants de louveterie, services routiers, SNCF Réseau et préfecture se retrouvent ainsi autour du même constat : lorsque les sangliers et les chevreuils deviennent trop nombreux dans des zones refuges coincées entre route et voie ferrée, ne rien faire n’est plus une option. Cette fois, il faudra fermer douze kilomètres d’une voie empruntée quotidiennement par des milliers d’automobilistes pour permettre leur régulation. Une illustration particulièrement concrète du rôle joué par les chasseurs et les lieutenants de louveterie dans la maîtrise des populations de grand gibier, bien au-delà des seuls dégâts agricoles.












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