Les populations de cervidés sont excellentes en France et leur présence en trop grand nombre pose un véritable défi aux forestiers. Un récent reportage diffusé sur TF1 met en lumière des plantations fortement endommagées par les cervidés et rappelle que le renouvellement des forêts est devenu un enjeu majeur. Changement climatique, pression du gibier et gestion forestière, chasseurs et propriétaires forestiers partagent aujourd’hui le même constat.
Des jeunes arbres particulièrement vulnérables
Dans son reportage, TF1 montre des scènes qui deviennent de plus en plus fréquentes dans certaines forêts. Des cerfs broutent les jeunes pousses, des chevreuils consomment les bourgeons des arbres récemment plantés et certains cervidés vont même jusqu’à retirer les gaines de protection installées autour des jeunes plants. Pour les propriétaires forestiers, les conséquences peuvent être importantes. Les essences les plus appétentes, comme le chêne, le châtaignier, le douglas ou encore le robinier (faux-acacia), sont particulièrement recherchées par les cervidés, surtout lorsqu’elles sont encore jeunes. Un simple passage peut compromettre plusieurs années de croissance et remettre en cause le renouvellement naturel ou artificiel d’une parcelle.
Une pression qui s’exerce toute l’année
Les dégâts ne se limitent pas au simple broutage. Les cervidés provoquent également des frottis en utilisant leurs bois contre les jeunes troncs afin de marquer leur territoire ou de se débarrasser du velours au printemps. Ces frottements cassent parfois la tige principale ou arrachent l’écorce, condamnant l’arbre à terme. Lorsque les populations deviennent importantes, cette pression s’exerce sur l’ensemble des régénérations naturelles ou des plantations. Les forestiers considèrent généralement qu’au-delà d’un certain seuil de mortalité des jeunes plants, le renouvellement de la forêt devient plus difficile et nécessite des investissements supplémentaires.
Des protections coûteuses… et pas toujours efficaces
Pour limiter les dégâts, plusieurs solutions existent. Les jeunes arbres peuvent être protégés individuellement par des gaines plastiques, des grillages ou des répulsifs olfactifs comme la graisse de mouton. Mais ces dispositifs représentent un investissement conséquent.
Une plantation forestière coûte en moyenne entre 5 000 et 10 000 euros par hectare, auxquels s’ajoutent les coûts liés aux protections individuelles. Malgré ces investissements, l’efficacité n’est pas toujours au rendez-vous. Le reportage montre d’ailleurs que certains cervidés parviennent désormais à retirer les protections ou à atteindre les jeunes pousses malgré leur présence.
Pourquoi les populations augmentent-elles ?
L’augmentation des populations de cervidés ne s’explique pas par une seule cause. Depuis plusieurs décennies, plusieurs facteurs se combinent :
- des hivers plus doux qui réduisent la mortalité naturelle ;
- des ressources alimentaires plus abondantes ;
- une forêt française plus étendue qu’au siècle dernier ;
- une remarquable capacité d’adaptation des cervidés ;
- des conditions climatiques favorables à leur survie.
À cela s’ajoutent des territoires parfois très propices où les grands prédateurs sont absents ou peu présents. Le changement climatique, évoqué dans le reportage de TF1, fait effectivement partie des éléments pris en compte par les scientifiques. Les hivers moins rigoureux favorisent la survie des jeunes animaux et contribuent à la dynamique des populations. Pour autant, les spécialistes rappellent que cette évolution est multifactorielle et ne peut être expliquée par le seul climat.
La chasse, un outil de gestion parmi d’autres
Face à cette situation, les ingénieurs forestiers interrogés par TF1 rappellent que la chasse constitue l’un des principaux outils permettant de maintenir un équilibre entre les populations de grands ongulés et la capacité d’accueil des milieux forestiers. En France, les plans de chasse mis en place pour les cervidés déterminent chaque année le nombre d’animaux pouvant être prélevés selon l’état des populations et les objectifs de gestion locaux. Concernant le sanglier, les préfets peuvent également autoriser des tirs ou des battues administratives en dehors des périodes habituelles lorsque les dégâts deviennent particulièrement importants. Cette approche ne fait pas l’unanimité. Certaines associations de protection animale estiment que d’autres facteurs, notamment le changement climatique, expliquent une grande partie de l’évolution des populations. Dans les faits, les scientifiques considèrent aujourd’hui que climat, ressources alimentaires, qualité des habitats, évolution des paysages et gestion cynégétique interagissent ensemble.
Trouver le bon équilibre
Le sujet dépasse largement la seule question de la chasse. L’enjeu est désormais de concilier plusieurs objectifs parfois difficiles à faire cohabiter : préserver une faune sauvage abondante, assurer le renouvellement des forêts françaises, limiter les dégâts économiques et maintenir la biodiversité. Pour les forestiers comme pour les chasseurs, il ne s’agit pas de faire disparaître les cervidés, mais de rechercher un équilibre permettant aux jeunes arbres de grandir tout en conservant des populations en bonne santé. Plus que jamais, trouver le juste équilibre entre la faune sauvage et son habitat apparaît comme l’un des grands défis de la gestion forestière des prochaines décennies.












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