Monique Barbut démissionne : les chasseurs ne la regretteront pas

Monique Barbut

La ministre de la Transition écologique a annoncé ce mercredi 22 juillet qu’elle remettait sa démission à Emmanuel Macron. Opposée à la loi d’urgence agricole adoptée par le Parlement, l’ancienne présidente de WWF France estime ne plus disposer des moyens nécessaires pour mener sa politique. Après neuf mois marqués par plusieurs décisions particulièrement hostiles au monde cynégétique, les chasseurs ne devraient pas verser beaucoup de larmes sur son départ.

La loi agricole, « recul de trop »

Monique Barbut a confirmé sa décision dans un long message publié sur LinkedIn quelques heures avant le Conseil des ministres. La ministre explique que « la politique n’est pas [son] monde » et affirme ne plus disposer des moyens nécessaires pour défendre ses ambitions environnementales. La raison immédiate de son départ est l’adoption définitive de la loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Le texte a été approuvé par l’Assemblée nationale lundi 20 juillet, puis définitivement adopté par le Sénat mardi 21 juillet. Il ouvre notamment la possibilité d’accorder, sous certaines conditions, des dérogations temporaires pour l’utilisation de l’acétamipride et du flupyradifurone dans des filières agricoles confrontées à de graves difficultés. Farouchement opposée à cette mesure, Monique Barbut dénonce « le recul environnemental de trop ». Elle reproche également au gouvernement d’avoir empêché un nouveau débat sur la suppression de cette disposition. Sa démission doit toutefois encore être formellement acceptée par Emmanuel Macron.

Issue du monde des ONG environnementales

Arrivée au gouvernement le 12 octobre 2025, Monique Barbut n’était pas véritablement une inconnue pour les chasseurs. Elle avait présidé WWF France entre janvier 2021 et octobre 2023, après avoir occupé plusieurs postes dans de grandes institutions internationales consacrées à l’environnement. Cette ancienne dirigeante d’ONG avait donc été accueillie avec une certaine méfiance par le monde rural et cynégétique. La suite de son passage au ministère n’aura malheureusement pas dissipé les inquiétudes. En quelques mois, elle a multiplié les décisions et les blocages interprétés par les chasseurs comme autant de concessions accordées aux associations environnementalistes et opposées à la chasse.

Grand tétras et lagopède sacrifiés

Le premier affrontement majeur avait éclaté au printemps. Monique Barbut avait décidé d’exclure définitivement le grand tétras et le lagopède alpin de la liste des espèces chassables, alors que ces oiseaux faisaient déjà l’objet de moratoires empêchant leur prélèvement. La Fédération nationale des chasseurs avait dénoncé une décision prise sans aucune concertation et une remise en cause complète du principe de gestion adaptative. Ce dispositif repose pourtant sur la possibilité de suspendre temporairement la chasse d’une espèce, d’étudier l’évolution de ses populations, puis de revoir la décision en fonction des connaissances scientifiques acquises. Pour la FNC, retirer définitivement ces oiseaux de la liste des espèces chassables ne leur apportait aucune protection supplémentaire, puisqu’ils n’étaient déjà plus prélevés. La Fédération y voyait surtout un geste idéologique adressé aux associations anti-chasse, au détriment du travail de suivi et de conservation effectué par les chasseurs sur le terrain. Willy Schraen avait alors dénoncé une annonce « hors-sol et hors contexte ».

Le dossier ESOD a achevé de tendre les relations

Quelques semaines plus tard, un nouveau dossier provoquait la colère du monde cynégétique. Le 30 juin, la FNC alertait sur l’absence du nouvel arrêté fixant la liste des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts pour la période 2026-2029. Le précédent texte arrivant à échéance, les opérations de piégeage et de destruction à tir fondées sur le classement ESOD se sont retrouvées suspendues à partir du 1er juillet. Une situation particulièrement problématique en pleine période estivale, alors que les dégâts occasionnés aux cultures peuvent être considérables. La Fédération nationale des chasseurs avait directement mis en cause Monique Barbut. Elle l’accusait d’avoir, « par dogmatisme », remis en cause à plusieurs reprises un travail technique pourtant achevé dans les délais. La FNC estimait alors que le monde agricole était pris en otage, privé d’outils indispensables pour protéger les récoltes. Enfin il ya quelques jours la FNC appelait à s’opposer au projet d’arrêté ESOD finalement élaboré par son ministère et d’où certaines espèces étaient exclues contre tout bon sens.

Une ministre isolée, surnommée « Madame Transat »

Le départ de Monique Barbut ne semble d’ailleurs pas attrister tout le monde au sein de son propre ministère. Selon Le Parisien, certains collaborateurs l’avaient affublée du surnom peu flatteur de « Madame Transat », en référence au temps qu’elle aurait passé dans sa villa du sud de la France, d’une valeur de 1,36 millions d’Euros (!), depuis son entrée au gouvernement. Son passage au ministère aura été marqué par un isolement croissant, des désaccords répétés avec le ministère de l’Agriculture et plusieurs polémiques publiques. La loi d’urgence agricole n’aura finalement été que l’ultime point de rupture entre une militante environnementaliste devenue ministre et un gouvernement contraint de répondre, au moins partiellement, à la détresse du monde agricole.

Les chasseurs ne peuvent que se féliciter de son départ

La démission de Monique Barbut ne réglera évidemment pas à elle seule les nombreux dossiers qui inquiètent les chasseurs. Son successeur devra rapidement se saisir de l’arrêté ESOD, rétablir un dialogue véritable avec les représentants du monde cynégétique et cesser de considérer la chasse comme une simple variable d’ajustement destinée à satisfaire les associations animalistes. Mais après le retrait du grand tétras et du lagopède alpin de la liste des espèces chassables, le blocage du dossier ESOD et une accumulation de décisions éloignées des réalités rurales, le constat est sans appel. Monique Barbut n’aimait manifestement ni la chasse, ni ceux qui la pratiquent, et son action aura également contribué à fragiliser davantage des agriculteurs déjà confrontés à d’immenses difficultés. Au regard de ce bilan, les chasseurs ne peuvent que se féliciter de son départ. Bon débarras !

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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