Invité récemment sur le plateau de CNews, Olivier Vial a dénoncé plusieurs choix de gestion qui auraient contribué à rendre les forêts françaises plus vulnérables aux incendies. Pour le fondateur de l’Observatoire du wokisme et directeur du CERU (Centre d’Etudes et de Recherches Universitaire), la protection de la biodiversité passe par le retour à une gestion active des massifs, au débroussaillement et à la création de véritables coupures de combustible. Olivier Vial n’est pas un inconnu pour les lecteurs de So Chasse. Le 21 mai dernier, il était présent à Lyon lors du deuxième événement public organisé en région par notre média. Il y avait notamment défendu le monde cynégétique face aux attaques idéologiques dont la chasse et la ruralité font régulièrement l’objet. Face aux incendies qui frappent actuellement plusieurs régions françaises, il a cette fois appelé à sortir des slogans pour s’intéresser à la résilience réelle de nos forêts.
Le pin d’Alep, une « vraie allumette »
Olivier Vial prend notamment l’exemple du pin d’Alep, une essence capable de supporter des températures élevées et des périodes de sécheresse, mais particulièrement vulnérable au feu. « Le pin d’Alep, c’est une vraie allumette », affirme-t-il, en précisant que cette essence atteindrait le niveau maximal sur l’échelle d’inflammabilité mise au point par le chercheur Jean-Charles Valette. Les travaux consacrés à cette essence confirment en tout cas la très forte inflammabilité de ses aiguilles. La structure des peuplements de pins d’Alep peut également favoriser la montée du feu depuis la végétation basse jusqu’aux houppiers, puis sa propagation rapide d’un arbre à l’autre. Le problème ne réside donc pas seulement dans la résistance d’un arbre à la chaleur ou dans sa consommation d’eau. Il faut aussi prendre en compte son comportement face au feu, la densité des plantations, la continuité de la végétation et l’entretien du sous-bois.
Protéger ne signifie pas abandonner
Olivier Vial s’en prend surtout à une conception dogmatique de l’écologie qui voudrait que toute intervention humaine dans une forêt constitue nécessairement une atteinte à la nature. « On sait que les écologistes attaquent tous ceux qui font des coupes rases dans les forêts », déplore-t-il. Il rappelle que les espaces ouverts et les zones dépourvues de végétation combustible peuvent ralentir la progression des flammes et servir de points d’appui aux pompiers. La solution ne consiste évidemment pas à raser les forêts. Une coupe abandonnée avec des branchages et des rémanents au sol pourrait même alimenter un incendie. En revanche, les coupures de combustible, les pistes entretenues, les zones agricoles, le sylvopastoralisme et les secteurs régulièrement débroussaillés peuvent rompre la continuité végétale et diminuer l’intensité du feu. L’INRAE reconnaît ainsi l’utilité de ces zones tampons et cite plusieurs moyens permettant de réduire le combustible forestier : débroussaillement mécanique, brûlage dirigé ou encore pâturage.
Le débroussaillement accusé de nuire à la biodiversité
Olivier Vial dénonce également les oppositions rencontrées par les politiques de débroussaillement au nom de la protection de certaines espèces ou de leurs habitats. « Certains écologistes nous disent que le débroussaillage nuit à la biodiversité. En fait, ce qui nuit à la biodiversité, ce sont les mégafeux », répond-il. Le débroussaillement ne consiste pourtant pas à transformer une forêt en désert. Son objectif est de diminuer la masse de végétation combustible, d’espacer certains arbres et d’éviter qu’un feu puisse se propager sans rencontrer le moindre obstacle. Le ministère de la Transition écologique le présente d’ailleurs comme une mesure essentielle permettant de réduire la propagation et l’intensité des incendies, tout en facilitant l’intervention des secours. Les services de l’État indiquent que 90 % des maisons détruites lors des feux de forêt sont situées sur des terrains mal ou insuffisamment débroussaillés. Refuser systématiquement ces opérations au nom d’une biodiversité sanctuarisée peut donc produire l’effet inverse de celui recherché. Lorsque plusieurs milliers d’hectares sont entièrement consumés, ce sont les arbres, les sols, les insectes, les oiseaux et l’ensemble de la faune sauvage qui disparaissent avec eux.
L’arrachage des vignes pourrait fragiliser la Gironde
Olivier Vial attire également l’attention sur les conséquences possibles de l’arrachage massif des vignes en Gironde. Les parcelles viticoles entretenues constituent des espaces ouverts, avec une végétation basse et discontinue. Sans être totalement incombustibles, elles peuvent ralentir la progression des flammes et servir de coupures entre deux zones boisées. Des travaux de l’INRAE confirment que les vignobles situés dans des secteurs exposés peuvent jouer un rôle de coupe-feu et ralentir certains incendies. « On sait que l’on est en train d’arracher beaucoup de vignes. Les vignes sont plutôt des zones qui sont pyro-résistantes, en tout cas qui freinent le feu », observe Olivier Vial. Si les parcelles abandonnées sont ensuite gagnées par les broussailles, les friches puis les arbres, la continuité du combustible pourrait au contraire se renforcer entre les différents massifs.
Une forêt française toujours plus étendue
La France n’a jamais été aussi boisée depuis plusieurs siècles. La forêt couvre aujourd’hui environ 17,6 millions d’hectares, soit près du tiers du territoire hexagonal et corse. Sa superficie a presque doublé depuis le milieu du XIXe siècle et continue d’augmenter d’environ 90 000 hectares par an. Cette progression résulte notamment de l’abandon de nombreuses terres agricoles et pastorales. Mais davantage de forêts ne signifie pas nécessairement des forêts mieux entretenues ou plus résistantes. « On est aujourd’hui presque à la même forêt qu’au Moyen Âge, mais sans mettre les moyens pour l’entretenir correctement », résume Olivier Vial. Le recul de l’élevage, la disparition des activités pastorales, l’enfrichement et le manque de valorisation économique du bois conduisent parfois à l’accumulation d’une quantité considérable de combustible.
Les mégafeux émettent des quantités colossales de carbone
Olivier Vial souligne enfin une contradiction rarement évoquée : les incendies géants libèrent en quelques semaines des quantités considérables de carbone, réduisant à néant une partie des efforts accomplis pour diminuer les émissions humaines. Les incendies qui ont ravagé le Canada en 2023 auraient ainsi libéré environ 647 millions de tonnes de carbone, selon une étude publiée dans la revue scientifique Nature. Cela représente près de 2,4 milliards de tonnes de CO₂ une fois le carbone converti, soit davantage que les émissions directes annuelles du transport aérien mondial. « Si vraiment on veut avoir des mesures écologiques, il faut d’abord investir dans la lutte contre les incendies, à la fois en prévention, mais aussi en améliorant la sécurité civile et l’équipement des pompiers », conclut Olivier Vial. Le changement climatique augmente incontestablement les périodes de sécheresse et les conditions favorables aux incendies. Mais s’en tenir à ce seul constat ne suffira pas. Une forêt plus résiliente est aussi une forêt entretenue, exploitée intelligemment, débroussaillée et parcourue par ceux qui la connaissent. Agriculteurs, forestiers, éleveurs et chasseurs ne sont donc pas les ennemis de la nature. Leur présence quotidienne sur le terrain constitue au contraire l’un des meilleurs remparts contre son abandon et sa destruction par les mégafeux. Regardez l’intervention d’Olivier Vial sur le plateaux de CNEWS:












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