Le .308 Winchester, le .30-06 Springfield et le .300 Winchester Magnum figurent parmi les calibres les plus couramment employés à la chasse. S’ils présentent des performances différentes, tous utilisent pourtant des projectiles de même diamètre. Pour comprendre leurs caractéristiques, leurs avantages et leurs limites, revenons sur plus d’un siècle d’histoire et compare leurs performances dans des conditions réelles d’utilisation.
Aux origines du calibre .30
En 1890, près de trente ans après la fin de la guerre de Sécession, l’armée américaine utilise encore principalement la cartouche de .45-70 dans ses fusils et carabines Trapdoor. Cette munition est alors considérée comme suffisante pour les opérations conduites contre les peuples autochtones, même si certains événements, comme la bataille de Little Bighorn, ont montré les limites du système. La mise au point de la poudre sans fumée par les Français, puis par les Allemands, en 1886 et 1887, bouleverse toutefois la conception des munitions militaires. Elle permet de réduire le diamètre des projectiles tout en améliorant très nettement leurs performances balistiques.
L’état-major américain décide donc, vers 1890 ou 1891, de lancer une consultation destinée à sélectionner un nouveau fusil réglementaire et une cartouche de petit calibre. Plus de cinquante armes sont testées. C’est finalement la version danoise du fusil Krag-Jørgensen qui est retenue. Les autorités américaines souhaitent néanmoins se distinguer des puissances européennes dans le choix du calibre. Alors que les projectiles de calibre .32, soit exactement .321 pouce, sont déjà couramment utilisés par les civils américains, l’armée choisit arbitrairement un diamètre de .308 pouce, correspondant à 7,823 mm. Ce diamètre sera plus simplement désigné sous l’appellation de calibre .30.
En Europe, les Suisses avaient déjà ouvert la voie en modifiant leur cartouche de 1889. Celle-ci utilisait initialement une balle calepinée de .328 pouce. Elle est ensuite équipée d’un projectile chemisé de 7,81 mm, soit environ .3075 pouce. Cette remarquable munition deviendra le célèbre 7,5×55 suisse. Les Britanniques et les Russes adoptent des diamètres assez proches avec les cartouches de .303 British et de 7,62x54R. Selon les armes, les projectiles présentent des diamètres compris entre .310 et .312 pouce, soit théoriquement entre 7,874 et 7,925 mm. Des différences et des tolérances existent évidemment entre ces cartouches, mais elles ne changent pas le principe général.
Le .30-40 Krag entre en scène
Pour des raisons qui restent difficiles à expliquer, l’armée américaine sélectionne en 1892 une cartouche à bourrelet très proche du .303 British. Elle est connue sous les appellations de .30-40 Krag, .30 Army ou .30 US. Le chiffre 40 reprend l’ancienne nomenclature américaine et correspond à la charge de poudre sans fumée exprimée en grains, soit environ 2,59 grammes. Durant la première année de production, les États-Unis doivent même utiliser de la poudre sans fumée fabriquée en Belgique, leur industrie chimique n’étant pas encore en mesure de répondre correctement à la demande. La cartouche est équipée d’une balle cylindro-ogivale de 220 grains, soit 14,25 grammes, propulsée à environ 610 m/s.
Dès 1893, avant même l’adoption officielle de l’ensemble arme-munition par l’armée américaine, Winchester produit une petite série d’environ 3 000 carabines destinées au marché civil. Les munitions sont alors chargées avec une balle dont le noyau de plomb est apparent. Cette cartouche précède de deux ans l’apparition du .30 Winchester Center Fire, plus connu aujourd’hui sous le nom de .30-30 Winchester. Les évolutions successives du .30-40 Krag conduiront ensuite à la création du .30-03, puis du .30-06 Springfield. Le calibre .30 devient progressivement le standard américain, aussi bien pour les usages militaires que pour la chasse. Il conserve encore aujourd’hui cette place majeure.
Une même balle pour les calibres .30, .308 et .300
Malgré les nombreuses explications déjà données sur le sujet, une certaine confusion subsiste chez de nombreux chasseurs. Le .30-06 Springfield, le .308 Winchester et le .300 Winchester Magnum utilisent tous des balles de même diamètre. Cette règle vaut également pour la grande majorité des cartouches portant les appellations .30, .308 ou .300. Le poids, la forme extérieure et la structure interne des projectiles peuvent varier, mais leur diamètre reste de .308 pouce, soit 7,823 mm. Il est ainsi théoriquement possible de charger une cartouche de .30-30 Winchester avec une balle Sierra MatchKing de 240 grains. Les dimensions de la chambre, la prise de rayures, le pas de rayure et la charge de poudre doivent naturellement être adaptés au projectile utilisé. C’est notamment ce que l’on retrouve avec des cartouches comme le .300 AAC Blackout ou le .300 Whisper, qui utilisent également des balles de .308 pouce et peuvent recevoir des projectiles très lourds dans leurs versions subsoniques.
Du .30-03 au .30-06 Springfield
La guerre hispano-américaine et les performances remarquées des fusils Mauser chambrés en 7×57 mm convainquent l’état-major américain de remplacer le Krag-Jørgensen et sa munition. Un fusil dérivé du Mauser 98 est alors retenu. Le Springfield 1903 et sa cartouche de .30-03 sont adoptés en 1903. Cette nouvelle munition se révèle rapidement imparfaite. L’apparition des balles bi-ogivales mises au point par le capitaine français Georges Desaleux et des projectiles allemands pointus de type Spitzer, en 1905, pousse les Américains à revoir leur cartouche. Le .30-03 donne ainsi naissance au .30-06 Springfield que nous connaissons aujourd’hui. Presque immédiatement après son adoption réglementaire, le .30-06 apparaît sur le marché civil pour un usage cynégétique, même si les quantités disponibles restent initialement limitées. Il faut attendre la fin de la Première Guerre mondiale pour que la demande augmente réellement. Les soldats américains revenus d’Europe souhaitent alors disposer de carabines et de munitions modernes comparables à celles qu’ils ont utilisées sur le front.
Un pas de rayure très polyvalent
Dérivé du .30-03, le .30-06 conserve son pas de rayure de 10 pouces. Celui-ci lui permet de stabiliser un éventail particulièrement important de poids de balles. Trois chargements deviennent rapidement des références :
- La balle de 150 grains, soit 9,7 grammes.
- La balle de 180 grains, soit 11,7 grammes.
- La balle lourde de 220 grains, soit 14,25 grammes.
Avant la généralisation des lunettes de visée, le choix du projectile dépend largement du territoire et du gibier recherché. Dans les régions de grands espaces, où les tirs peuvent être relativement éloignés et concernent des animaux peu lourds, les balles de 150 grains prédominent. Dans les régions montagneuses et boisées, fréquentées par les wapitis et les cerfs mulets, les chasseurs privilégient les projectiles de 180 grains. Lorsque la chasse concerne de très gros ours noirs, des grizzlys ou de grands élans, notamment dans les secteurs encombrés où les tirs sont réalisés à courte distance, la capacité de pénétration des balles de 220 grains est particulièrement appréciée. Avant les années 1970, les poids intermédiaires sont rares, voire inexistants. Les projectiles techniquement évolués le sont encore davantage. Il faut attendre 1949 pour voir apparaître, de manière encore confidentielle, la Nosler Partition. Lorsque sa production se développe véritablement, cette balle s’impose rapidement comme une référence en matière d’efficacité terminale. Le chargement de 180 grains devient alors le plus polyvalent en .30-06 Springfield.
Le .30-06 à la conquête de l’Afrique
La qualité des projectiles continue ensuite de progresser. Dans le même temps, les chasseurs américains remplacent progressivement une partie de la clientèle européenne sur les territoires africains. Le .30-06 chargé avec une balle de 180 grains commence ainsi à être utilisé pour la chasse des grandes antilopes. Il représente une solution moins coûteuse et moins exotique que le .300 Holland & Holland Magnum ou le 9,3×62 mm. Aujourd’hui, le .30-06 perd une partie de sa popularité dans son pays d’origine, mais il reste un standard mondial et une munition de référence. Il est chargé par pratiquement tous les fabricants, y compris en Russie. L’offre actuelle est particulièrement vaste, aussi bien en matière de structures que de poids de projectiles. Aux poids historiques de 150, 180 et 220 grains se sont ajoutées de nombreuses possibilités intermédiaires :
- 165 et 168 grains, soit 10,7 et 10,9 grammes.
- 170 et 175 grains, soit 11 et 11,34 grammes.
- 185, 190 et 200 grains, soit 11,98, 12,31 et 12,96 grammes.
D’autres poids existent encore. Toutes ces balles restent évidemment des projectiles de calibre .308 pouce, dans les limites des tolérances de fabrication.
Le .300 Holland & Holland Magnum ouvre la voie
En 1925, la Grande-Bretagne domine encore largement le monde de la grande chasse africaine, mais ses armuriers s’intéressent également au marché américain. Le succès du calibre .30 conduit la célèbre maison londonienne Holland & Holland à développer ce qui deviendra le premier et l’ancêtre des calibres .30 Magnum : le .300 Holland & Holland Belted Magnum. À ses débuts, cette munition est notamment appelée .30 Super ou Super Thirty. Son étui très long, dérivé de celui du .375 Holland & Holland Magnum, nécessite l’utilisation d’un boîtier Magnum ou d’un mécanisme profondément modifié. Les armes correspondantes sont donc relativement coûteuses.
La diffusion du .300 Holland & Holland reste limitée jusqu’à l’apparition de la Winchester Model 70. Malgré cette évolution, le calibre demeure assez rare et principalement réservé à une clientèle aisée. D’abord chargé par Western, puis par Winchester, le .300 Holland & Holland offre une vitesse supérieure à celle du .30-06. Cette augmentation de vitesse révèle cependant les faiblesses des balles classiques de l’époque, qui sont les mêmes que celles utilisées dans le .30-06. Le problème se reproduira plus tard avec le .300 Weatherby Magnum et le .300 Winchester Magnum.
La naissance du .308 Winchester
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Américains cherchent à remplacer le .30-06 par une cartouche mieux adaptée aux armes automatiques. Le développement militaire s’éternise. Winchester, qui a fortement investi dans le projet, décide alors de commercialiser une version civile de la cartouche deux ans avant son adoption par l’armée. Le .308 Winchester est né. Contrairement à une idée parfois répandue, il s’agit donc bien, à l’origine, d’une cartouche civile. Avec une balle de 150 grains, le .308 Winchester offre des performances comparables à celles du .30-06. Il est légèrement en retrait avec les projectiles de 165 et 180 grains lorsque les deux cartouches sont tirées dans des canons de 61 cm. L’apparition des chronographes permet toutefois aux utilisateurs de constater que la différence devient très faible dans les canons plus courts.
Dans certains cas, les performances peuvent même s’inverser en faveur du .308 Winchester. Dans les armes de chasse, sa précision se révèle souvent supérieure à celle du .30-06. Son démarrage commercial reste pourtant assez lent. L’adoption officielle de sa version militaire en 1954 accélère ensuite considérablement les ventes. Aujourd’hui, aux États-Unis comme dans de nombreux autres pays, le .308 Winchester dépasse le .30-06 en nombre de munitions vendues. Avec le .270 Winchester, il figure également parmi les calibres particulièrement appréciés des chasseresses, qui recherchent davantage l’efficacité et le confort de tir que la course à la puissance.
Un calibre longtemps sous-estimé en France
En France, où l’on attribue parfois aux sangliers et aux cerfs une résistance largement exagérée, le .308 Winchester a longtemps été considéré comme insuffisamment puissant. Il gagne néanmoins régulièrement des parts de marché, notamment auprès des chasseurs utilisant des modérateurs de son. Le mot anglais silencer était d’ailleurs celui employé par l’inventeur de ce dispositif. Certains fabricants, comme Mauser, ne proposent désormais plus le .30-06 avec des canons de moins de 50 cm. Dans ces longueurs, le .308 Winchester offre des performances au moins équivalentes et parfois supérieures.
Le .300 Winchester Magnum apparaît en 1962
En 1962, en pleine période de fascination pour les calibres Magnum, Winchester lance une autre cartouche appelée à marquer durablement le marché : le .300 Winchester Magnum. Norma l’avait précédé avec son remarquable .308 Norma Magnum. Pour diverses raisons commerciales et industrielles, la cartouche suédoise finit toutefois par s’effacer devant l’américaine. Le .300 Winchester Magnum est conçu pour fournir le maximum de puissance possible tout en restant compatible avec un boîtier de longueur standard. Sa destination première est claire : les grands cervidés tirés d’un versant de canyon à l’autre, les élans géants du nord du Canada et de l’Alaska, ainsi que les grizzlys et les grands ours bruns côtiers. Pour ces derniers, le .338 Winchester Magnum demeure cependant plus adapté.
Le .300 Winchester Magnum pouvant être installé dans la plupart des boîtiers destinés au .30-06, de nombreuses carabines sont rechambrées. La tête de culasse et le magasin doivent néanmoins être modifiés pour accepter son large culot ceinturé. Notre ami et mentor, Dominique Czermann, a lui-même longtemps possédé un Mauser belge initialement chambré en .30-06 et parfaitement transformé pour tirer le .300 Winchester Magnum. Les fabricants adoptent immédiatement cette nouvelle munition. Elle fait rapidement oublier le .300 Holland & Holland et se révèle beaucoup moins coûteuse que le .300 Weatherby Magnum.
Le succès particulier du .300 Win Mag en France
Le .300 Winchester Magnum arrive en France presque par hasard. Son développement est largement favorisé par l’ancienne réglementation française, qui interdisait aux chasseurs l’accès au .30-06. Sans cette restriction et sans le succès de la carabine semi-automatique Browning BAR, il est probable que cette puissante cartouche n’aurait jamais atteint un tel niveau de popularité dans notre pays. À ses débuts, le .300 Winchester Magnum est proposé avec les mêmes poids de projectiles classiques : 150, 180 et 220 grains. La balle de 220 grains fait notamment le bonheur de nombreux possesseurs de BAR.
Aujourd’hui, ces projectiles lourds ont plus ou moins disparu des chargements courants. Ils ont été remplacés par des balles modernes de 180 ou 200 grains, capables de supporter les vitesses d’impact élevées produites par le .300 Winchester Magnum. Cette cartouche souffre fortement de la réduction de vitesse provoquée par les canons courts des carabines de battue. Elle développe néanmoins davantage d’énergie que le .30-06. Comme le .30-06 et le .308 Winchester, elle utilise toutefois des projectiles de 7,823 mm. Les balles sont donc identiques en diamètre à celles des deux autres calibres.
Comparaison avec une Swift A-Frame de 11,6 grammes
Pour comparer concrètement les trois cartouches, Dominique Czermann nous a confié avoir retenu une balle Swift A-Frame de 11,6 grammes chargée par Norma. Il s’agit d’un projectile particulièrement polyvalent, doté d’un bon coefficient balistique. Sa construction comporte une cloison interne et un noyau soudé, ce qui lui permet de combiner expansion contrôlée et pénétration. En .30-06, la Swift A-Frame est annoncée à 823 m/s à la bouche. Sa vitesse est ensuite de :
- 780 m/s à 100 mètres.
- 649 m/s à 200 mètres.
- 613 m/s à 300 mètres.
Les énergies correspondantes sont de :
- 3 964 joules à la bouche.
- 3 286 joules à 100 mètres.
- 2 702 joules à 200 mètres.
- 2 202 joules à 300 mètres.
En .300 Winchester Magnum, la vitesse annoncée atteint 890 m/s à la bouche. Le projectile conserve :
- 813 m/s à 100 mètres.
- 736 m/s à 200 mètres.
- 670 m/s à 300 mètres.
L’énergie atteint 4 636 joules à la bouche et reste encore de 2 629 joules à 300 mètres. Le .300 Winchester Magnum dispose ainsi d’un avantage de 672 joules à la bouche par rapport au .30-06. Il conserve encore 434 joules supplémentaires à 300 mètres. En matière de trajectoire, la différence reste néanmoins limitée. Avec un réglage du zéro à 200 mètres, la chute du projectile est seulement inférieure de 4,7 cm à 300 mètres en faveur du .300 Winchester Magnum.
Une Swift A-Frame rechargée en .308 Winchester
Ce chargement n’étant pas proposé d’usine en .308 Winchester, Dominique Czermann a, cette fois-ci, réalisé sa propre munition. La Swift A-Frame est mesurée à 780 m/s à la bouche. Selon les calculs effectués avec le logiciel Strelok Pro, elle conserve :
- 715 m/s à 100 mètres, pour une énergie de 2 996 joules.
- 653 m/s à 200 mètres, pour une énergie de 2 494 joules.
- 595 m/s à 300 mètres, pour une énergie de 2 069 joules.
La chute est plus importante qu’avec les deux autres cartouches. Cette différence n’est cependant pas déterminante pour une utilisation en battue et peut facilement être corrigée lorsqu’elle est connue.
Seulement 8 m/s d’écart entre le .308 et le .30-06
Une autre comparaison a été réalisée avec une balle Norma Oryx de 180 grains dans des chargements d’usine. Les munitions ont été mesurées dans deux canons de 52 cm : Le .308 Winchester atteint 774 m/s, alors que le .30-06 atteint 782 m/s. L’écart n’est donc que de 8 m/s. Cette différence est inférieure aux variations pouvant parfois être observées entre deux canons pourtant chambrés dans le même calibre. Il est évidemment impossible pour un sanglier de faire la différence entre ces deux vitesses d’impact.
Les trois calibres dépassent largement les exigences européennes
Les Scandinaves, les Finlandais et les Allemands retiennent généralement une énergie minimale de 2 000 joules à 100 mètres pour le tir du grand gibier, en tenant également compte du poids et du diamètre de la balle. Selon ce critère, le .308 Winchester, le .30-06 et le .300 Winchester Magnum sont tous largement suffisants pour le tir en battue, mais aussi pour de nombreuses autres formes de chasse. Le placement du projectile reste le principal facteur de réussite. Une Swift A-Frame tirée dans la panse par un .300 Winchester Magnum n’arrêtera pas nécessairement une biche ou un ragot. La même balle placée dans les épaules avec un .308 Winchester provoquera en revanche un effet immédiat. L’intérêt du .300 Winchester Magnum dépend donc fortement de la capacité du chasseur à placer correctement ses projectiles. Selon la structure de la balle utilisée, sa puissance supplémentaire peut apporter un avantage en matière d’expansion et de pénétration. Mais une fois l’animal mort, il ne peut évidemment pas l’être davantage.
Les vitesses réelles sont inférieures aux tables
La longueur du canon doit également être prise en considération. Les vitesses annoncées pour les chargements Swift, à l’exception du rechargement réalisé en .308 Winchester, sont des données communiquées par le fabricant. Dans les canons des carabines de chasse réellement utilisées sur le terrain, les vitesses sont généralement inférieures de 25, 30, voire plus de 40 m/s aux valeurs officielles. Ainsi, la Swift A-Frame en .30-06 ne délivre plus que 793 m/s lorsqu’elle est mesurée dans un canon de 61 cm, contre 823 m/s annoncés. La même diminution est observée avec le .300 Winchester Magnum. Il conserve son avantage, mais l’écart avec les deux autres cartouches se réduit.
Dans une Browning BAR équipée d’un canon de 53 cm, la vitesse tourne autour de 845 m/s. Le projectile conserve alors une énergie supérieure à 2 000 joules jusqu’à environ 425 mètres. Le .308 Winchester perd moins de vitesse en valeur absolue. Avec une vitesse réelle de 765 m/s, il conserve encore plus de 2 000 joules jusqu’à environ 290 mètres. L’écart entre le .300 Winchester Magnum et le .308 Winchester, selon cette référence énergétique, n’est donc que de 135 mètres. Cette observation reste valable avec les autres balles citées et avec de nombreux projectiles comparables. Le .300 Winchester Magnum conserve tout son intérêt, à condition d’être tiré dans un canon adapté. Le fait que la Browning BAR 4X soit équipée d’un tube de 61 cm en dit long sur l’importance de cette longueur.
Dans quels cas le .300 Win Mag prend-il réellement l’avantage ?
Tant que les balles sont utilisées dans la plage de vitesse pour laquelle elles ont été conçues, aucun problème particulier ne se pose aux distances habituellement rencontrées en battue, ni même au-delà. Le .300 Winchester Magnum dispose toutefois d’un avantage réel avec les balles monométalliques, souvent appelées balles cuivre, ou avec les projectiles pesant plus de 180 grains. Il devient également plus intéressant lorsque les distances de tir dépassent 300 ou 350 mètres. À ces portées, sa meilleure conservation de vitesse permet de maintenir une expansion satisfaisante du projectile. De telles distances restent cependant extrêmement rares dans les conditions de chasse françaises, sauf à rechercher volontairement des tirs de très longue portée. Certains chargements particuliers peuvent néanmoins justifier le recours au .300 Winchester Magnum à des distances plus raisonnables. C’est notamment le cas de la RWS Driven Hunt. Sa balle, conçue spécialement pour la battue, perd rapidement de la vitesse. Le .300 Winchester Magnum peut donc apporter un avantage réel lorsque des tirs dépassant régulièrement 100 mètres sont envisagés.
Une différence surtout visible avec les balles lourdes
Pour simplifier sans trahir la réalité, le .300 Winchester Magnum permet de propulser une balle de 13 grammes à une vitesse légèrement supérieure à celle à laquelle le .30-06 propulse une balle de 11 grammes. Le .308 Winchester reste un peu en retrait, mais ses performances demeurent loin d’être négligeables. Si l’on conserve le seuil des 2 000 joules avec des balles de 180 grains de type Oryx, Power Max Bonded, Swift A-Frame, Nosler Partition ou SHH, les différences de portée utile sont les suivantes : Le .30-06 offre environ 50 à 75 mètres supplémentaires par rapport au .308 Winchester. Le .300 Winchester Magnum offre environ 150 à 175 mètres supplémentaires par rapport au .308 Winchester. Dans le cas du .300 Winchester Magnum, la longueur du canon reste toutefois déterminante. Une lecture raisonnée des tables balistiques ou l’utilisation de logiciels spécialisés confirme ces écarts, surtout lorsque le chasseur dispose d’un chronographe lui permettant de mesurer les vitesses réelles de son arme.
Des résultats confirmés sur les gibiers africains
Les expériences lors de chasse en Afrique de notre confrère Dominique Czermann confirment les capacités du .308 Winchester. Il a prélevé proprement, avec une seule balle PMP de 168 grains, des oryx, des gnous, un bubale, un koudou et un impala. Un seul des gnous a reçu une seconde balle. L’animal était déjà mortellement atteint par le premier projectile, mais restait encore debout. Il a été doublé par respect pour le gibier.
Le .308 Winchester face aux grands sangliers
Dominique nous a confirmé ne s’être jamais senti défavorisé par l’utilisation du .308 Winchester ou du .30-06 sur les sangliers européens. Il a notamment dû faire face à quatre véritables charges à très courte distance. Le plus léger des animaux pesait 92 kg et portait des défenses de plus de 21 cm. Les autres sangliers affichaient des poids compris entre 120 et plus de 140 kg, avec des grès ou crochets mesurant de 21 à 23 cm. Dans toutes ces situations, le placement du projectile et la qualité de la balle se sont révélés plus importants que la puissance brute théorique de la cartouche. La bonne balle reste plus importante que le nom du calibre Les balles tirées par le .308 Winchester, le .30-06 et le .300 Winchester Magnum sont donc identiques en diamètre. Elles peuvent également présenter des structures parfaitement identiques.
À l’exception de certains projectiles particuliers, comme les anciennes Combined Technology Fail Safe, aujourd’hui disparues, ou de quelques balles fabriquées sur mesure par des entreprises comme Hawk, les fabricants conçoivent leurs projectiles pour fonctionner dans une plage de vitesse définie et sur une catégorie de gibiers plus ou moins résistants. Tant que leur domaine d’emploi est respecté et que les cartouches sont utilisées à bon escient, un animal correctement atteint meurt de la même manière. Il ne sera ni plus mort ni moins mort selon que la balle aura été tirée par un .308 Winchester ou un .300 Winchester Magnum. Dans certaines utilisations spécifiques, comme les tirs à très courte distance, les impacts à très haute vitesse ou, au contraire, l’emploi de munitions subsoniques, le chasseur doit avant tout sélectionner un projectile adapté. Une balle correctement choisie et placée au bon endroit sera toujours préférable à un projectile inadapté, même tiré par une cartouche beaucoup plus puissante.
Une immense famille de cartouches
Le calibre .30 a donné naissance à un nombre considérable de cartouches remarquables. Toutes utilisent des balles présentant le même diamètre nominal de 7,823 mm. Voici une liste non exhaustive, présentée approximativement dans l’ordre chronologique :
7,5×55 suisse, .30-40 Krag, .30-30 Winchester, .303 Savage, .30-03, .30-06 Springfield, .300 Savage, .300 Holland & Holland Magnum, 7,5×54 MAS, .30 M1 Carbine, .300 Weatherby Magnum, 7,62x53R finlandais, .308 Winchester ou 7,62×51, .308 Norma Magnum, .300 Winchester Magnum, .30-378 Weatherby Magnum, .307 Winchester, .30 R Blaser, .300 Whisper, .300 Lapua Magnum, .300 Remington Ultra Magnum, .300 Winchester Short Magnum, .300 RUSM, .308 Marlin Express, .300 AAC Blackout, .300 Norma Magnum et .300 PRC.
À cette liste s’ajoute encore une quantité considérable de wildcats, ces cartouches développées artisanalement ou à partir d’étuis existants. Qu’elles soient appelées .30, .308 ou .300, toutes ces munitions appartiennent donc à la même grande famille de diamètre. Leurs différences résident dans la capacité de leur étui, la quantité de poudre employée, la vitesse obtenue et la façon dont elles exploitent les différents poids de projectiles. Pour le chasseur, le principal enseignement reste inchangé : le choix d’une balle adaptée au gibier, à la distance et à la vitesse d’impact compte davantage que la recherche systématique de la cartouche la plus puissante.












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