Alors qu’une pétition ayant dépassé les 400 000 signatures réclame trois ans d’interdiction de la chasse dans les forêts touchées par les incendies, chasseurs et responsables cynégétiques girondins réagissent. À Saumos et au Porge, certains d’entre eux ont pourtant passé des jours à combattre les flammes et continuent aujourd’hui à ravitailler en eau et en nourriture les animaux rescapés.
Une réponse claire des chasseurs à la pétition
« On n’avait pas besoin de pétition pour savoir qu’on ne va pas chasser. On n’est pas bêtes à ce point-là. » La réponse de Gaël Duzelier résume assez bien l’incompréhension suscitée chez de nombreux chasseurs girondins par la pétition « Pas de fusils sur les cendres ». Lancée au mois de juillet après les incendies qui ont frappé plusieurs régions françaises, celle-ci a déjà recueilli plus de 400 000 signatures. Elle réclame un moratoire d’au moins trois ans sur la chasse dans les forêts incendiées. Une revendication qui passe particulièrement mal auprès de ceux qui ont eux-mêmes vécu la catastrophe.
Il perd sa maison mais continue d’aider la faune
Gaël Duzelier habite au Porge et chasse dans le massif girondin. Lors du gigantesque incendie parti de Saumos, qui a ravagé quelque 42 000 hectares, il a perdu sa maison. Pour autant, une fois le feu passé, il n’a pas abandonné la forêt. Paysagiste de profession, il multiplie depuis les déplacements dans les secteurs sinistrés afin de remplir des points d’eau et d’apporter du grain aux animaux ayant survécu. Pour lui, imaginer que les chasseurs puissent se précipiter dans les zones brûlées à l’ouverture relève tout simplement du non-sens. « Quelle idée un chasseur aurait d’aller chasser dans un secteur cramé ? Honnêtement, ça n’a pas de sens », explique-t-il dans une vidéo publiée par Actu.fr.
Les chasseurs mobilisés pendant les incendies
Même colère du côté de Thibault Varenne, directeur de la Fédération départementale des chasseurs de Gironde (FDC 33), la plus importante de France en terme d’effectifs, et lui-même agriculteur. Il rappelle que de très nombreux chasseurs ont participé aux opérations de lutte contre les incendies et à l’immense chaîne de solidarité qui s’est organisée autour des sinistrés. « Personnellement, j’habite auprès des incendies. Avec mon matériel agricole, j’ai passé quasiment six jours sur les incendies. On est rentrés usés. Les copains chasseurs, tout le monde y était. C’était vraiment une vraie chaîne de solidarité et de bénévolat. ». Certains étaient encore sur le terrain, explique-t-il, à surveiller et éteindre les reprises de feu lorsque la pétition demandant l’interdiction de la chasse a commencé à circuler massivement sur les réseaux sociaux.
Une chronologie qu’il juge particulièrement difficile à accepter.
« Quel chasseur pourrait aller dans un tas de cendres abattre les derniers chevreuils rescapés ? C’est lamentable de pouvoir penser ça. Moi, ça m’offusque », dénonce-t-il. « La chasse n’ouvrira pas » dans les secteurs sinistrés. Les deux hommes rappellent surtout une évidence : personne n’envisage de chasser normalement dans les zones totalement détruites par les flammes. Thibault Varenne l’affirme clairement : la chasse dans les secteurs sinistrés « n’ouvrira pas, bien entendu, au mois de septembre ». Une décision qui relève selon lui du simple bon sens cynégétique. Les chasseurs ont eux-mêmes intérêt à permettre aux populations animales restantes de se reconstituer. « Un chasseur, il est comme un éleveur, il ne va pas prélever plus que l’accroissement. Il veut qu’il y ait du gibier dans sa forêt », rappelle-t-il. Aujourd’hui, la priorité est donc ailleurs : remettre de l’eau à disposition de la faune, apporter de la nourriture lorsque cela est nécessaire et observer les conséquences du feu sur les populations animales.
Une faune durement touchée
Thibault Varenne décrit notamment les conséquences terribles de l’incendie sur les chevreuils. Certains animaux ont réussi à fuir, mais d’autres ont été gravement brûlés, notamment au niveau des sabots. « Malheureusement, un sabot qui tombe n’est pas remplaçable, il ne repousse pas. C’est horrible ce qui se passe », témoigne-t-il. Quelques femelles accompagnées de leurs petits ont néanmoins été observées après le passage du feu, des rencontres qui, dit-il, « font chaud au cœur ». Mais ce sont peut-être les espèces moins visibles qui inquiètent le plus les chasseurs. « Je m’inquiète beaucoup plus pour la petite faune : les écureuils, les lièvres, les hérissons, tout ce qui est reptiles. Tout cela, par contre, c’est dramatique parce qu’eux n’ont pas pu s’échapper », explique Thibault Varenne.
« Il faut arrêter de voir les chasseurs comme des tueurs »
Au-delà de la question du moratoire, c’est finalement l’image même des chasseurs qui agace les deux hommes. Pour eux, la pétition ignore complètement le lien quotidien entretenu par les chasseurs avec les territoires dont ils sont souvent propriétaires, exploitants, habitants ou gestionnaires. « C’est notre environnement, on est là. Malheureusement, il y en a plein qui ne comprennent pas ça. Ils voient les chasseurs comme des tueurs d’animaux. Il faut arrêter avec ça. On est en 2026, il faut arrêter », conclut Thibault Varenne. Une réaction d’autant plus compréhensible que, dans les secteurs girondins dévastés, sortir les fusils est actuellement loin des préoccupations des chasseurs. Pour beaucoup, il s’agit désormais de sauver ce qui peut encore l’être et d’aider la forêt et sa faune à se relever. Regarder la réaction des chasseurs girondins à la pétition réclamant 3 ans d’interdiction de chasser dans cette vidéo:












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