L’eurodéputée LFI Manon Aubry a dû être hospitalisée, et même passer par un service de réanimation, après avoir été mordue par une vipère au cours de l’été. Un accident suffisamment rare pour qu’elle-même souligne sa malchance : environ 300 morsures sont recensées chaque année en France métropolitaine. Rapporté à la population, cela représente à peine 4,5 cas par million d’habitants. L’occasion aussi de revenir sur le rapport parfois compliqué qu’entretient La France insoumise avec la chasse et certaines pratiques rurales.
Pour Manon Aubry, la rentrée politique commence sur un pied. Littéralement.
Comme le rapporte le Huffington Post, l’eurodéputée de La France insoumise a révélé lundi 17 août avoir été mordue par une vipère au cours de l’été. L’envenimation a entraîné des complications suffisamment importantes pour nécessiter une hospitalisation et un passage en service de réanimation. Elle doit désormais conserver sa jambe immobilisée. L’élue a pris sa mésaventure avec humour, posant depuis l’hôpital avec un exemplaire de Monsieur Malchance et soulignant elle-même la rareté de ce qui venait de lui arriver. Nous lui souhaitons évidemment un prompt rétablissement.
Une morsure pour environ 223 000 habitants
Car sur ce point, Manon Aubry n’exagère pas vraiment sa malchance. Selon la Société de toxicologie clinique, environ 300 morsures de vipères sont recensées chaque année en France métropolitaine. Dans plus de la moitié des cas, la morsure entraîne effectivement une envenimation. Les principales espèces responsables sont la vipère aspic au sud de la Loire et la vipère péliade au nord et dans le Massif central. L’Insee estime à 66,8 millions le nombre d’habitants vivant en France métropolitaine au 1er janvier 2026. Si l’on rapporte simplement les 300 morsures à cette population, on obtient environ 4,5 morsures par million d’habitants et par an, soit une morsure pour environ 223 000 personnes. Évidemment, cette probabilité brute reste purement indicative. Le risque n’est pas uniformément réparti entre un citadin qui ne quitte jamais le bitume et une personne qui jardine, randonne ou travaille régulièrement dans des secteurs où vivent les vipères. Près de 90 % des morsures de serpents recensées par les centres antipoison lors d’une étude de Santé publique France étaient d’ailleurs survenues entre avril et septembre. Mais à l’échelle de la population française, tomber sur le mauvais reptile au mauvais moment demeure bel et bien un événement particulièrement rare.
Une nature sauvage qui ne l’est pas seulement dans les discours
La mésaventure pourrait s’arrêter là si Manon Aubry n’était pas l’une des principales figures d’une formation politique qui a fait de l’écologie et de la condition animale des composantes importantes de son programme. Une précision s’impose toutefois : il serait excessif de présenter personnellement Manon Aubry comme une militante de l’abolition de la chasse. En revanche, les positions officielles de La France insoumise sur cette activité sont particulièrement restrictives. En septembre 2023, le groupe thématique Condition animale de LFI publiait ainsi un texte au titre dépourvu d’ambiguïté : « La chasse ne représente pas la ruralité ». Le mouvement y réclamait une « grande réforme de la chasse » comprenant notamment l’interdiction de la chasse à courre, de la chasse en enclos, du déterrage, des élevages et importations d’animaux destinés à être chassés et des lâchers à des fins cynégétiques. LFI souhaitait également revoir la liste des espèces chassables et les périodes de chasse. Plus spectaculaire encore, le mouvement proposait d’instaurer des jours sans chasse durant les week-ends, les jours fériés et les vacances scolaires. Autant dire qu’une bonne partie de la saison cynégétique française en serait profondément bouleversée.
Quand LFI dénigre la chasse et les armes
Manon Aubry avait déjà pris directement position contre la chasse telle qu’elle se pratique aujourd’hui. En février 2022, après l’accident mortel du Cantal, elle estimait sur RMC que « la forêt doit appartenir aux randonneurs, aux promeneurs » et que « cinq jours de la semaine suffisent pour faire de la chasse », ajoutant qu’on ne devait plus aller en forêt « la trouille au ventre ». Dans le même temps, Jean-Luc Mélenchon réclamait l’interdiction de la chasse les week-ends et pendant les vacances scolaires et souhaitait que l’on cesse de vendre aux chasseurs des armes qu’il jugeait « aussi puissantes »
La vipère, elle, ne fait pas de politique
Reste finalement l’actrice principale de cette histoire : la vipère. Elle ne cherche ni à provoquer l’homme ni à défendre un programme politique. Les morsures surviennent généralement lorsque le serpent se sent menacé, surpris ou lorsqu’un contact intervient à très courte distance. Et comme tous les animaux sauvages, la vipère obéit d’abord aux contraintes de son environnement. C’est peut-être aussi ce que rappelle involontairement la mésaventure de Manon Aubry : la nature sauvage n’est ni un décor, ni un monde paisible organisé selon les représentations que chacun voudrait lui attribuer. Elle peut être belle, fragile, imprévisible et parfois dangereuse. Et cette fois-ci, avec une probabilité statistique de l’ordre d’une chance sur 223 000 par an à l’échelle de la population métropolitaine, la malchance est effectivement tombée sur Manon Aubry.












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