Le sénateur de la Côte-d’Or François Patriat est décédé ce mercredi 19 août à l’âge de 83 ans. Ancien ministre de l’Agriculture, président du groupe RDPI au Sénat et chasseur passionné, il fut pendant des décennies l’un des défenseurs les plus influents de la chasse et de la ruralité dans le monde politique français.
La chasse française perd l’un de ses grands soutiens politiques.
François Patriat est décédé hier, mercredi 19 août, à l’hôpital de Dijon, à l’âge de 83 ans. Le sénateur de la Côte-d’Or avait été victime d’un grave accident de vélo le 17 juillet dernier. Son groupe parlementaire, le Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants (RDPI), a annoncé sa disparition dans la journée. Avec lui disparaît une personnalité majeure de la vie politique française, mais également un homme profondément attaché à la Bourgogne, à la ruralité et à la chasse.
Un vétérinaire devenu ministre de l’Agriculture
Né le 21 mars 1943, François Patriat était docteur vétérinaire de formation. Son parcours politique aura duré plusieurs décennies : député de la Côte-d’Or, maire de Chailly-sur-Armançon, président du conseil régional de Bourgogne de 2004 à 2015, puis sénateur de la Côte-d’Or à partir de 2008. Sous Lionel Jospin, il avait également occupé les fonctions de secrétaire d’État aux PME, au Commerce, à l’Artisanat et à la Consommation, avant de devenir ministre de l’Agriculture et de la Pêche en 2002. Socialiste durant une grande partie de sa carrière, François Patriat avait été l’un des premiers responsables politiques à soutenir Emmanuel Macron. En 2017, il avait créé le groupe de la majorité présidentielle au Sénat, devenu depuis le groupe RDPI, dont il était toujours président. Il avait annoncé en juin dernier qu’il ne solliciterait pas un nouveau mandat lors des élections sénatoriales de septembre.
La chasse chevillée au corps
Mais pour les chasseurs français, François Patriat était bien davantage qu’un parlementaire connaissant les dossiers cynégétiques. Il était lui-même un chasseur passionné. Le Monde le décrivait ainsi en 2018 comme un « grand chasseur » et soulignait son profond attachement au domaine de Chambord. François Patriat avait d’ailleurs présidé le Conseil d’orientation du Domaine national de Chambord. Sa présence dans les grandes discussions concernant l’avenir de la chasse française ne relevait donc pas de l’opportunisme politique. Elle s’inscrivait dans une connaissance ancienne de nos pratiques et du monde rural. En 2000 déjà, alors qu’il était député, François Patriat avait été rapporteur du projet de loi relatif à la chasse à l’Assemblée nationale. Au cours des débats, il avait résumé sa conception de la place de la chasse dans les campagnes par ces mots : « La chasse n’est qu’une des spécificités de la ruralité, mais elle doit y garder sa place en sachant démontrer sa multifonctionnalité. ». Un quart de siècle plus tard, la phrase n’a rien perdu de son actualité.
L’homme qui faisait le lien entre l’Élysée et les chasseurs
Son rôle allait devenir particulièrement important après l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée. François Patriat assumait lui-même servir d’intermédiaire entre le pouvoir exécutif et le monde cynégétique. Interrogé en 2018 par Le Parisien, il expliquait être celui qui faisait le lien entre l’Élysée et les milieux de la chasse. Il insistait alors sur les dimensions économique, sociale, écologique et patrimoniale de la chasse dans les territoires. Le JDD le présentait à la même époque comme le conseiller d’Emmanuel Macron sur les questions de ruralité et de chasse. Chasseur reconnu et alors président du Conseil d’orientation de Chambord, François Patriat avait notamment introduit Willy Schraen auprès du chef de l’État. Il avait également présenté à Emmanuel Macron Thierry Coste, conseiller politique de la Fédération nationale des chasseurs, dès 2016. François Patriat se trouvait ainsi au centre du dialogue noué entre le monde de la chasse et l’Élysée au début du premier quinquennat Macron.
Un rôle majeur dans la réforme de la chasse
Cette influence ne fut pas seulement symbolique. Lors de la grande réforme de la chasse engagée en 2018, qui devait notamment conduire à la division par deux du prix du permis national, ainsi qu’à la création de l’Office français de la biodiversité par rapprochement de l’ONCFS et de l’Agence française pour la biodiversité, François Patriat joua un rôle central dans les négociations. Un engagement publiquement reconnu par Willy Schraen. Revenant sur les difficiles discussions parlementaires autour de cette réforme, le président de la Fédération nationale des chasseurs avait tenu à remercier personnellement le sénateur bourguignon : « J’en profite pour remercier le travail remarquable du sénateur Patriat, qui par son action assura avec d’autres parlementaires, l’avenir de la chasse française. ». Difficile d’imaginer hommage plus explicite venant du président des chasseurs de France.
« La chasse, c’est la ruralité »
François Patriat n’hésitait pas davantage à défendre publiquement les chasseurs lorsque la pression politique devenait forte. En août 2018, après la démission de Nicolas Hulot du gouvernement, survenue au lendemain d’une réunion à l’Élysée consacrée notamment à la chasse, le sénateur avait assumé sans détour le dialogue entretenu avec le monde cynégétique. Il rappelait alors que la chasse représentait plus d’un million de pratiquants et une importante activité économique avant de résumer sa pensée en quelques mots : « la chasse, c’est la ruralité ». Cette défense de la France rurale dépassait d’ailleurs la seule question cynégétique. En 2021, lors d’un débat au Sénat sur la protection du patrimoine sensoriel des campagnes, il affirmait encore que « la ruralité doit avoir des défenseurs ». Il en fut incontestablement l’un d’eux.
Le Sénat lui avait rendu hommage en juillet
Le destin aura voulu que la Haute Assemblée lui rende hommage quelques semaines seulement avant sa disparition. Le 8 juillet dernier, à l’occasion de ce qui devait être sa dernière intervention en séance publique après dix-huit années passées au Sénat, son président Gérard Larcher avait salué un « inlassable défenseur des territoires, de la Bourgogne, de la Côte-d’Or et de leurs productions », rappelant expressément son engagement en faveur « des enjeux de la ruralité, ainsi que ceux de la chasse ». Les sénateurs et les membres du gouvernement s’étaient alors levés pour l’applaudir longuement. François Patriat leur avait répondu avec émotion, évoquant ses dix-huit années au Sénat et trente-cinq années de vie parlementaire. Il ne profitera malheureusement pas de la retraite politique qu’il s’apprêtait à prendre.
La chasse française perd un ami
Depuis l’annonce de sa disparition, les hommages politiques se multiplient. Emmanuel Macron a salué la mémoire d’un « ami cher » et estimé que la République perdait « l’un de ses plus infatigables artisans ». Le Premier ministre Sébastien Lecornu a de son côté évoqué un homme incarnant « une certaine conception de la fraternité républicaine ». Au-delà des appartenances partisanes, François Patriat restera également dans la mémoire des chasseurs comme l’un des rares responsables politiques nationaux à avoir assumé sans complexe sa passion cynégétique. Chasseur, vétérinaire, élu rural et ancien ministre de l’Agriculture, il connaissait cette France des campagnes qu’il défendait autrement que par des discours. À plusieurs moments décisifs de ces dernières décennies, il aura porté la voix des chasseurs jusqu’au sommet de l’État. La chasse française perd aujourd’hui bien plus qu’un soutien politique. Elle perd l’un des siens.












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