En Estrémadure, le gouvernement régional a décidé de supprimer totalement la taxe sur les licences de chasse et de pêche. Une mesure destinée à soutenir l’économie rurale et à attirer de nouveaux pratiquants. Une expérience qui ne manquera pas d’interpeller les chasseurs français, même si sa transposition chez nous nécessiterait de revoir profondément le financement de la chasse, et notamment celui des dégâts de grand gibier.
Chasser sans payer sa licence
Depuis le 5 août, demander ou renouveler une licence de chasse en Estrémadure ne coûte plus rien. La mesure figure dans la loi de finances 2026 de cette communauté autonome située dans l’ouest de l’Espagne. Techniquement, la taxe n’a pas disparu. Le gouvernement régional lui applique une bonification de 100 %, ce qui revient évidemment au même pour le chasseur au moment de passer à la caisse. Et la mesure ne bénéficie pas seulement aux habitants d’Estrémadure. Les chasseurs venant d’autres régions espagnoles, mais également les étrangers, peuvent eux aussi demander gratuitement cette licence. Attention toutefois : cette gratuité concerne uniquement le document administratif permettant de chasser. Elle ne dispense évidemment pas de disposer des droits et autorisations nécessaires pour pratiquer sur un territoire.
Plus de 400 millions d’euros de retombées économiques
L’initiative n’est pas uniquement destinée à faire plaisir aux chasseurs et aux pêcheurs. Elle repose sur un raisonnement économique particulièrement pragmatique. Selon les autorités régionales, la chasse et la pêche génèrent ensemble plus de 400 millions d’euros de retombées économiques en Estrémadure. Hébergements, restauration, commerces, armureries, guides, déplacements ou encore emplois directement liés aux territoires cynégétiques profitent de cette activité. La région compte actuellement près de 129 000 licences de chasse et plus de 154 000 licences de pêche en cours de validité. Le gouvernement d’Estrémadure fait donc le pari que quelques euros de recettes fiscales abandonnées seront largement compensés par l’activité économique générée par des pratiquants plus nombreux. Une manière assez originale de considérer la chasse non pas comme une activité qu’il faudrait continuellement taxer davantage, mais comme un moteur de développement des territoires ruraux.
Et pourquoi pas une validation gratuite en France ?
Évidemment, la comparaison a ses limites. Le système espagnol et le système français ne sont pas identiques et la licence régionale d’Estrémadure ne correspond pas exactement à notre validation annuelle du permis de chasser. Mais l’expérience espagnole pose malgré tout une question intéressante : serait-il totalement irréaliste d’imaginer un jour une validation gratuite, ou presque gratuite, du permis de chasser en France ? L’idée pourrait paraître séduisante à l’heure où le vieillissement des chasseurs et la baisse régulière de leur nombre constituent l’un des principaux défis auxquels doit faire face le monde cynégétique. Une validation prise en charge par la puissance publique pourrait constituer un formidable outil pour faciliter l’arrivée de nouveaux chasseurs, permettre à certains anciens de continuer à pratiquer et reconnaître, par la même occasion, les nombreuses missions d’intérêt général remplies par les chasseurs sur le terrain. Mais il existe chez nous un obstacle financier majeur.
Les dégâts de grand gibier changent complètement la donne
En France, les Fédérations départementales des chasseurs supportent actuellement les dépenses liées à la prévention et à l’indemnisation des dégâts agricoles causés par le grand gibier. Et la facture est considérable. Le Code de l’environnement prévoit expressément que les Fédérations prennent à leur charge ces dépenses et qu’elles les financent notamment grâce aux contributions versées par les chasseurs et les territoires de chasse. Autrement dit, supprimer purement et simplement les recettes liées aux validations sans modifier le reste du système reviendrait à ruiner financièrement les structures qui doivent déjà assumer une charge particulièrement lourde, notamment avec l’explosion des populations de sangliers dans de nombreux départements. Pour envisager sérieusement une validation annuelle gratuite en France, il faudrait donc aller beaucoup plus loin que l’exemple espagnol. L’État devrait, au minimum, reprendre intégralement à sa charge le financement des dégâts agricoles de grand gibier ainsi que leur prévention, aujourd’hui assumés par le monde cynégétique. Il faudrait également compenser les autres missions actuellement financées grâce aux cotisations des chasseurs. À cette condition, l’idée mériterait peut-être d’être posée sur la table. L’Estrémadure a en tout cas choisi son camp : plutôt que de considérer chasseurs et pêcheurs comme une simple source de recettes fiscales, la région préfère faciliter leur pratique en misant sur les richesses qu’ils génèrent dans les territoires ruraux.












Laisser un commentaire