Écosse : le « Glorious Twelfth » relance la chasse à la grouse

red grouse écosse

Chaque 12 août, les landes écossaises renouent avec l’une des traditions cynégétiques les plus célèbres du Royaume-Uni : l’ouverture de la chasse à la red grouse, le lagopède d’Écosse. Surnommée le « Glorious Twelfth », cette journée marque le début d’une saison qui s’annonce en 2026 sous de meilleurs auspices après deux années particulièrement difficiles.

Le grand rendez-vous des chasseurs britanniques

Mercredi 12 août, fusils, chiens, rabatteurs et gardes-chasse ont retrouvé les vastes étendues de bruyère des Highlands, des Borders ou encore des Angus Glens. Le « Glorious Twelfth » constitue depuis près de deux siècles l’un des rendez-vous emblématiques du calendrier cynégétique britannique. En Écosse, la chasse à la red grouse est ouverte du 12 août au 10 décembre. Le lagopède d’Écosse est un oiseau sauvage intimement lié aux landes de bruyère britanniques. NatureScot, l’agence publique écossaise chargée du patrimoine naturel, décrit un oiseau d’environ 40 cm pour une envergure de 60 cm et un poids voisin de 600 grammes. Elle le présente également comme le gibier à plumes le plus rapide en vol du Royaume-Uni, ce qui explique en partie le prestige sportif attaché à sa chasse. Contrairement à de nombreuses chasses de faisans britanniques, la grouse repose entièrement sur les populations sauvages. Les oiseaux ne sont pas élevés puis lâchés avant la saison : les tableaux dépendent directement de la reproduction naturelle, de la météo, de la qualité de la bruyère, des maladies et de la prédation.

Des comptages enfin plus encourageants

Et c’est justement sur ce point que 2026 apporte une bonne nouvelle. La British Association for Shooting and Conservation (BASC) indique que les comptages estivaux effectués sur de nombreuses landes bien gérées du nord de l’Angleterre et du sud de l’Écosse se sont nettement améliorés cette année. Dans certains secteurs, les gardes enregistrent même leurs meilleures moyennes depuis 2023. Le contraste est important après deux mauvaises saisons. Le printemps froid et humide de 2024 avait entraîné de nombreux échecs de reproduction et l’année 2025 n’avait permis qu’un rétablissement partiel. Plusieurs domaines avaient alors réduit leurs journées de chasse, voire renoncé totalement à tirer afin de préserver leurs reproducteurs. La BASC reste toutefois prudente : les densités peuvent varier considérablement d’une région à l’autre, voire entre deux landes voisines. Les décisions de chasser et les tableaux doivent donc continuer à être établis à partir des comptages réalisés localement.

Une chasse qui dépend directement de la gestion des landes

C’est l’une des particularités de la red grouse. Pour disposer d’oiseaux, les propriétaires et gardes doivent travailler leurs territoires durant toute l’année : suivi des populations, entretien de la bruyère, surveillance sanitaire et gestion légale de certains prédateurs. La bruyère constitue notamment une ressource essentielle. Ses jeunes pousses nourrissent les grouses tandis que les secteurs plus âgés et plus hauts leur fournissent abri et protection. Ces dernières années, les pullulations de chrysomèles de la bruyère, dont les larves peuvent détruire de grandes surfaces de végétation, ont constitué une difficulté supplémentaire. La BASC souligne que ces épisodes semblent devenir plus fréquents et plus sévères. Le principe revendiqué par les gestionnaires est donc de ne chasser que lorsque la reproduction a produit un surplus permettant un prélèvement durable. Lorsque les comptages sont insuffisants, les journées sont réduites ou annulées.

Une sécheresse qui inquiète aussi les Écossais

La saison 2026 n’est pourtant pas exempte de difficultés. Une succession de périodes très chaudes et sèches a considérablement accru le risque d’incendie sur les landes britanniques cet été. Plusieurs feux ont déjà affecté des milieux de bruyère et de tourbière, tandis que certains professionnels redoutent les conséquences de ces conditions extrêmes sur les oiseaux et leurs habitats. Le sujet alimente évidemment la bataille politique autour de la chasse à la grouse. Les Verts écossais ont profité de cette ouverture pour renouveler leurs appels à l’interdiction de cette pratique, qu’ils accusent notamment d’encourager une gestion trop intensive de certaines landes. Les représentants du monde rural répondent au contraire que l’entretien permanent de ces territoires, notamment par les gamekeepers, contribue à maintenir les landes ouvertes et à financer leur gestion.

Une activité qui pèse lourd dans certaines vallées

Au-delà de son image de chasse prestigieuse, parfois perçue depuis la France comme réservée à une clientèle particulièrement aisée, la grouse représente également une activité économique importante dans certains territoires écossais. NatureScot estime sa contribution directe à l’économie écossaise à environ 30 millions de livres par an. Scottish Land & Estates évoque de son côté 2 640 emplois à temps plein liés au secteur de la grouse. Dans les seules Angus Glens, sept domaines ayant communiqué leurs chiffres pour 2025 déclarent avoir dépensé 6,6 millions de livres sur l’année, dont 3,66 millions en salaires. Ils représentaient 86 équivalents temps plein et faisaient travailler 768 saisonniers. Garages, fournisseurs de matériel, hébergements, restauration ou emplois de rabatteurs et de gardes bénéficient ainsi directement des journées de chasse.

Désormais une chasse sous licence en Écosse

Le « Glorious Twelfth » 2026 intervient également dans un contexte réglementaire profondément différent de celui d’il y a quelques années. Depuis l’entrée en vigueur du Wildlife Management and Muirburn (Scotland) Act 2024, tout territoire écossais sur lequel des red grouse sont chassées doit disposer d’une licence délivrée par NatureScot. Cette obligation concerne aussi bien la chasse devant soi que les grandes chasses en battue traditionnelles. Le titulaire doit respecter un code de gestion des grouse moors et transmettre chaque année le nombre d’oiseaux prélevés. NatureScot peut modifier, suspendre ou retirer la licence en cas de manquement ou de certaines infractions liées à la gestion de la faune. L’Écosse a donc choisi non pas d’interdire cette chasse emblématique, mais de l’inscrire dans un cadre réglementaire beaucoup plus contraignant. Après deux années compliquées, les premiers comptages de 2026 offrent néanmoins un peu d’optimisme aux chasseurs et aux gamekeepers. Et ce mercredi 12 août, sur les landes violettes d’Écosse, le « Glorious Twelfth » a une nouvelle fois donné le coup d’envoi de quatre mois d’une chasse qui demeure aussi spectaculaire que profondément ancrée dans l’histoire rurale britannique.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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