Né en 1962, un an avant le .300 Winchester Magnum, le 7 mm Remington Magnum s’est imposé comme l’un des grands calibres de chasse du XXe siècle. Rapide, tendu, puissant sans atteindre la brutalité de certains magnums de calibre .30, il reste aujourd’hui parfaitement capable de prélever l’ensemble de nos grands gibiers. Mais 64 ans après sa naissance, alors que les 7 mm modernes se multiplient et que le révolutionnaire 7 mm Backcountry atteint des performances comparables depuis un canon de seulement 51 cm, le vieux « 7 Rem Mag » a-t-il encore quelque chose à dire ?
Un magnum qui démocratise la vitesse
Il faut revenir en 1962 pour comprendre ce que représente alors l’arrivée du 7 mm Remington Magnum. Cette année-là, Remington lance sa Model 700, carabine à verrou appelée à devenir l’une des plus célèbres de l’histoire américaine. Parmi les chambrages proposés figure un nouveau venu : le 7 mm Remington Magnum. Remington indique toujours aujourd’hui que le calibre accompagne la Model 700 depuis 1962. Le principe n’est pourtant pas totalement nouveau. Les Américains connaissent déjà les puissantes cartouches Weatherby et Winchester a lancé ses .264 et .338 Winchester Magnum quelques années auparavant. Mais le 7 Rem Mag va réussir là où plusieurs autres ont échoué : mettre les performances d’un véritable magnum dans une carabine de grande série accessible à un très large public. Son étui appartient à la grande famille des magnums américains inspirés du .375 Holland & Holland. Long de 63,5 mm, il conserve notamment la fameuse ceinture située devant sa gorge , caractéristique visuelle de plusieurs générations de cartouches magnum. La longueur totale de la munition peut atteindre 83,57 mm. Le 7 Rem Mag utilise un projectile de diamètre .284 pouce, soit environ 7,21 mm. Cet étui relativement volumineux permet d’embarquer une importante charge de poudre afin de propulser à haute vitesse des balles longues et aérodynamiques, capables de conserver efficacement leur vitesse et leur énergie lorsque la distance augmente. Selon les normes CIP, le 7 mm Remington Magnum est homologué pour une pression maximale moyenne de 4 300 bar, ce qui le place sans ambiguïté dans la catégorie des cartouches magnum à haute pression.
Une antériorité par rapport au .300 Win Mag
Le .300 Winchester Magnum arrive après lui On l’oublie souvent tant le .300 Winchester Magnum s’est imposé dans l’imaginaire collectif comme le grand magnum américain par excellence : c’est pourtant le 7 mm Remington Magnum qui arrive le premier. Winchester ne présente son .300 Win Mag qu’en 1963, soit un an après le lancement du 7 Rem Mag. La marque explique elle-même avoir développé cette nouvelle cartouche pour occuper l’espace existant entre les .264 et .338 Winchester Magnum déjà commercialisés. Commence alors un duel qui, plus de soixante ans plus tard, n’est toujours pas totalement terminé. Les deux cartouches partagent une philosophie assez proche. Une grosse douille, beaucoup de poudre, des vitesses élevées et une trajectoire tendue. Mais elles ne jouent pas tout à fait le même jeu. Le 7 Rem Mag tire des projectiles de 7,21 mm, traditionnellement compris, pour la chasse au grand gibier, entre environ 140 et 175 grains. Le .300 Win Mag utilise des balles de calibre .308, soit 7,82 mm, et peut facilement monter à 180, 200 grains, voire davantage. Sur le papier, l’avantage de puissance revient donc généralement au .300 Winchester Magnum. Mais puissance ne signifie pas systématiquement supériorité.
7 Rem Mag contre .300 Win Mag
Prenons deux munitions modernes pour mesurer l’ordre de grandeur. Hornady annonce sa 7 mm Rem Mag Precision Hunter chargée d’une ELD-X de 162 grains, soit environ 10,5 grammes, à 2 975 fps, près de 907 m/s. Cela représente environ 4 300 joules à la bouche. Dans le même esprit, une .300 Winchester Magnum équipée d’une ELD-X de 178 grains, environ 11,5 grammes, est annoncée autour de 902 m/s et développe approximativement 4 700 joules. Le .300 conserve donc un avantage énergétique assez net, auquel s’ajoute la possibilité d’utiliser des projectiles sensiblement plus lourds. Mais le 7 mm possède une arme redoutable : la finesse de ses balles. À masse comparable, un projectile de 7 mm peut présenter une excellente densité sectionnelle et, avec les formes modernes très effilées, de remarquables coefficients balistiques. Cela permet de conserver efficacement vitesse et énergie tout en limitant la chute et la sensibilité au vent. Pour le chasseur, le choix devient donc plus subtil qu’une simple comparaison du nombre de joules. Le .300 Win Mag frappe plus fort. Le 7 Rem Mag fait presque tout ce que l’on demande à un grand calibre de chasse avec, à carabines et chargements comparables, un recul généralement plus supportable. Et ce dernier point compte beaucoup plus qu’on ne veut parfois l’admettre. Le meilleur magnum du monde ne sert à rien si son propriétaire le redoute suffisamment pour anticiper le départ du coup.
Un calibre taillé pour l’approche et l’affût
C’est probablement à l’approche, à l’affût et en montagne que le 7 mm Remington Magnum exprime le mieux ses qualités. Un chevreuil à 150 mètres ne réclame évidemment pas un magnum. Mais lorsqu’il faut atteindre proprement un chamois ou un mouflon à distance, tirer un grand cerf dans une vaste coupe ou disposer d’une réserve de puissance importante sur un sanglier, le 7 Rem Mag prend tout son sens. Sa trajectoire tendue limite les corrections aux distances usuelles de chasse et ses projectiles modernes conservent très bien leur vitesse. Sur le cerf et le sanglier, des balles de 160 à 175 grains correctement construites offrent déjà une réserve de puissance considérable. Sur le chevreuil, il faudra surtout choisir intelligemment son projectile. Une balle très expansive lancée à très haute vitesse sur un animal léger et tiré à courte distance peut naturellement occasionner davantage de dégâts à la venaison qu’un projectile plus contrôlé. Le 7 Rem Mag peut également être utilisé en battue. Il est largement assez puissant pour cela. Mais ce n’est pas nécessairement là que ses qualités particulières sont les plus utiles. Ses performances prennent véritablement leur dimension dès que la distance s’allonge.
La rançon du magnum
Le 7 Rem Mag n’est cependant pas parfait. Pour profiter pleinement de la grosse capacité de sa douille, il a traditionnellement été associé à des canons relativement longs, souvent autour de 61 et jusqu’à 66 cm. Raccourcir fortement le canon reste possible, mais on renonce alors à une partie de ce pour quoi cette cartouche a été créée : transformer une importante quantité de poudre en vitesse. Le souffle et la détonation deviennent également particulièrement présents avec les magnums employés dans des tubes courts. C’est précisément sur ce point que les nouvelles générations de cartouches commencent à bouleverser les règles. Et c’est là que notre vieux 7 Rem Mag rencontre un descendant particulièrement remuant.
Le 7 mm Backcountry change les règles
Les lecteurs de So Chasse le connaissent déjà puisque nous avons récemment consacré un article au 7 mm Backcountry de Federal. Et ce nouveau calibre permet de prendre la mesure des progrès réalisés depuis 1962. Federal annonce sa 7 mm Backcountry Terminal Ascent de 170 grains à 3 000 fps, environ 914 m/s, depuis un canon de seulement 20 pouces, soit 50,8 cm. Avec une balle de près de 11 grammes, cela représente environ 4 600 joules à la bouche. Autrement dit, on retrouve dans une carabine dotée d’un canon d’une cinquantaine de centimètres des performances qui appartenaient historiquement au territoire des grands magnums nécessitant des tubes sensiblement plus longs. Ce résultat ne provient pas d’une quelconque magie balistique. La grande innovation du 7 mm Backcountry réside dans son étui Peak Alloy, conçu pour supporter des niveaux de pression considérablement supérieurs à ceux des cartouches conventionnelles à étui en laiton. Federal a ainsi pu chercher davantage de vitesse sans augmenter démesurément les dimensions de la cartouche. Avec sa Terminal Ascent de 170 grains, Federal publie donc 3 000 fps depuis 20 pouces. Avec la 155 grains, le fabricant annonce même 3 150 fps depuis cette même longueur de canon. Sur le plan technologique, le bond est spectaculaire.
Le 7 Rem Mag serait-il devenu inutile ?
Pas si vite. Une révolution technique ne fait pas disparaître d’un coup plus de soixante années d’histoire. Le 7 mm Remington Magnum bénéficie d’abord d’un immense parc de carabines existantes. Il reste également un calibre connu des armuriers, des fabricants de munitions et de générations entières de chasseurs. Hornady propose toujours plusieurs chargements en 7 Rem Mag, tandis que des fabricants de carabines continuent à conserver le calibre dans leurs gammes ou leurs familles de mécanismes. Sako, par exemple, classe encore le 7 mm Rem Mag parmi les chambrages de son action longue de la Sako 90. Le Backcountry possède de son côté une technologie extrêmement prometteuse, mais il doit encore faire ce que le 7 Rem Mag a déjà accompli : traverser les décennies, être adopté massivement et prouver qu’une munition restera facilement disponible partout où ses utilisateurs en auront besoin. Ce n’est pas rien.
Un vieux magnum toujours redoutable
Le 7 mm Remington Magnum n’est donc plus révolutionnaire. En 1962, il l’était. Il offrait alors au chasseur une combinaison de vitesse, de puissance et de trajectoire tendue qui allait contribuer à faire de lui l’un des grands calibres américains. Un an plus tard, le .300 Winchester Magnum venait lui disputer la place. Plus puissant, capable d’emporter des balles plus lourdes, le .300 WM allait connaître à son tour une carrière exceptionnelle et probablement acquérir une notoriété encore supérieure, notamment en France. Mais le 7 Rem Mag n’a jamais véritablement disparu. Pour celui qui recherche un calibre capable de chasser le chevreuil, le sanglier, le cerf, le mouflon ou le chamois, avec une prédilection pour l’approche, l’affût et les tirs à moyenne ou longue distance de chasse, ses qualités restent remarquablement actuelles. Le 7 mm Backcountry montre aujourd’hui qu’il est possible d’obtenir autant, voire davantage, avec une cartouche plus moderne et surtout un canon beaucoup plus court. C’est peut-être finalement le plus bel hommage que l’on puisse rendre au vieux Remington. Soixante-quatre ans après sa naissance, les ingénieurs continuent de chercher à reproduire ses grandes qualités : une balle de 7 mm rapide, aérodynamique et suffisamment puissante pour s’attaquer sereinement au grand gibier. Les moyens ont changé. La recette, elle, reste diablement efficace.












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