ChassAdapt : quand les prélèvements des chasseurs servent la science

ChassAdapt Baudouin de Saint Léger

Déclarer un prélèvement sur son téléphone ne prend que quelques secondes. Mais derrière ce geste désormais familier pour de nombreux chasseurs se construit une immense base de connaissances sur la faune sauvage. Dans une vidéo réalisée par So Chasse en partenariat avec la Fédération nationale des chasseurs, Baudouin de Saint Léger, notre rédacteur en chef présente directement sur le terrain les différentes fonctions de ChassAdapt et surtout l’intérêt scientifique des données recueillies. On parle beaucoup des chasseurs. Beaucoup moins souvent de toutes les informations qu’ils recueillent année après année sur les espèces sauvages. Combien d’oiseaux ont été prélevés ? Où ? À quelle période ? Quel est leur âge ? Leur sexe ? Autant de données indispensables pour suivre l’évolution des populations et adapter leur gestion. C’est précisément l’un des objectifs de ChassAdapt.

Un carnet de chasse directement dans la poche

Développée par la Fédération nationale des chasseurs, ChassAdapt est une application gratuite qui permet au chasseur d’enregistrer ses prélèvements directement depuis son smartphone. Dans la vidéo tournée en Charente-Maritime, Baudouin en fait la démonstration en conditions réelles, au cœur d’une zone humide. Avant même de commencer à chasser, l’application permet notamment de consulter l’état des quotas collectifs ainsi que les prélèvements maximum autorisés pour les espèces concernées. Et l’outil a été pensé pour la réalité du terrain : une fois configuré, ChassAdapt permet d’effectuer ses déclarations même lorsqu’aucune connexion Internet n’est disponible. Une caractéristique évidemment essentielle au fond d’un marais, d’un bois ou d’une plaine où le réseau téléphonique peut être inexistant.

Quelques secondes pour déclarer son prélèvement

La procédure se veut particulièrement simple. Après un prélèvement, le chasseur ouvre ChassAdapt, choisit l’espèce concernée, indique le nombre d’animaux ainsi que le département puis valide sa déclaration. Dans le cas de la chasse de nuit au gibier d’eau depuis une installation telle qu’une hutte, un gabion ou un hutteau, le numéro de l’installation doit également être renseigné dans le champ « Territoire ». L’application génère alors un QR code sécurisé associé au prélèvement. Pour les espèces soumises à déclaration obligatoire ou à un quota, ce QR code permet notamment de justifier de la déclaration lors d’un contrôle. Les agents disposent pour cela de l’application ChassControl, capable de lire les informations contenues dans le code. Mais réduire ChassAdapt à une simple obligation administrative serait passer à côté d’une grande partie de son intérêt.

Chaque déclaration devient une donnée

Pour les espèces dont la déclaration n’est pas obligatoire, les chasseurs peuvent également renseigner volontairement leurs prélèvements. Et plus ils sont nombreux à le faire, plus les données deviennent précises. La FNC peut ainsi disposer d’informations actualisées sur les tableaux de chasse et leur répartition sur le territoire. Depuis plusieurs années, ChassAdapt va même beaucoup plus loin en proposant aux chasseurs de photographier certains oiseaux prélevés. Ces clichés permettent notamment d’étudier la répartition entre jeunes et adultes ou entre mâles et femelles, deux indicateurs particulièrement importants pour comprendre la dynamique d’une population. C’est là qu’intervient désormais l’intelligence artificielle.

L’intelligence artificielle s’invite dans le marais

À partir des photographies envoyées par les chasseurs, la Fédération nationale des chasseurs développe ses propres algorithmes de reconnaissance. Pour certaines espèces, l’intelligence artificielle intégrée à ChassAdapt peut désormais déterminer automatiquement l’espèce, le sexe ou la classe d’âge de l’oiseau photographié. Pour la saison 2026-2027, la reconnaissance automatique est opérationnelle sur douze espèces, notamment plusieurs canards, la Tourterelle des bois, la Sarcelle d’hiver, le Fuligule milouin ainsi que les grives et le merle. Le chasseur reçoit ensuite directement le résultat sur son téléphone. Et l’intelligence artificielle continue d’apprendre. Les photographies sont également examinées par des spécialistes afin d’alimenter et d’améliorer les modèles. Depuis le lancement du projet Autowing, plus de 120 000 photographies d’oiseaux ont déjà été collectées. Autrement dit, chaque nouvelle image peut contribuer à rendre l’outil plus performant.

Des chasseurs producteurs de données scientifiques

C’est probablement l’aspect le plus important de ChassAdapt. Les informations recueillies ne restent pas enfermées dans le téléphone du chasseur. Elles alimentent une base nationale et peuvent être utilisées pour suivre l’évolution démographique des populations, construire des modèles scientifiques et documenter les discussions sur la gestion des espèces, y compris au niveau européen. Les informations permettant d’identifier le chasseur à l’origine de la donnée ne sont pas diffusées. Pour les espèces faisant l’objet d’une gestion adaptative, disposer de données nombreuses, récentes et fiables devient déterminant. Car lorsque se discutent quotas, périodes de chasse ou état de conservation d’une espèce, les impressions ne suffisent plus. Il faut des chiffres. Et une partie de ces chiffres peut aujourd’hui venir directement du terrain.

Quelques secondes qui peuvent peser lourd

C’est finalement le message de cette vidéo réalisée par So Chasse avec la FNC. Sortir son téléphone après un prélèvement, ouvrir ChassAdapt et effectuer sa déclaration peut sembler être un geste anodin. Mais multiplié par des milliers de chasseurs à travers toute la France, ce geste change d’échelle. Il permet d’accumuler des informations qu’aucune équipe de scientifiques ne pourrait recueillir seule sur un territoire aussi vaste. Les chasseurs deviennent ainsi non seulement acteurs de la gestion de la faune sauvage, mais également producteurs de données permettant de mieux la connaître. Alors cette saison, qu’elle soit obligatoire ou simplement volontaire, quelques secondes consacrées à une déclaration sur ChassAdapt peuvent avoir une véritable utilité. Pour la connaissance des espèces, pour leur gestion et, finalement, pour l’avenir de la chasse. Découvrez ChassAdapt en regardant cette vidéo:

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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