À la tête de la Fédération départementale des chasseurs du Nord depuis septembre 2024, Simon Régin a connu des débuts mouvementés avant de parvenir à réunir les différents courants de la chasse nordiste autour d’une nouvelle équipe. Deux ans après son arrivée, il revient pour So Chasse sur les premiers résultats de son mandat, la gestion du sanglier, l’avenir du petit gibier et les difficultés rencontrées par les chasseurs de gibier d’eau. Un entretien dans lequel il défend aussi une certaine idée du rôle des fédérations face à la multiplication des contraintes réglementaires.
LS : Vous avez pris la présidence de la Fédération des chasseurs du Nord en septembre 2024, avec la volonté de rassembler les chasseurs et de donner un nouvel élan à la fédération. Deux ans plus tard, quel bilan tirez-vous de votre action ?
Simon Régin : Je dirais que mon mandat se décompose en deux périodes assez distinctes. Lorsque j’ai pris mes fonctions en septembre 2024, j’ai hérité de l’ancien conseil d’administration et d’une situation particulièrement tendue. Il existait deux grands courants d’opposition : une opposition interne à la fédération et une autre, très structurée, issue du monde du gibier d’eau. Les relations avec certains de nos partenaires s’étaient également dégradées. J’ai donc consacré les premiers mois à rencontrer les différents acteurs, à renouer le dialogue et à essayer d’apaiser les tensions. J’ai toujours préféré passer du temps à chercher ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous divise. Malheureusement, ce travail n’a pas suffi. Lors de l’assemblée générale de 2025, plusieurs propositions ont été rejetées, notamment le budget, et nous avons traversé une crise importante qui aurait pu conduire à une mise sous tutelle de la fédération. Une nouvelle assemblée générale a finalement permis de présenter une liste d’union réunissant les différentes sensibilités de la chasse nordiste, dont on m’a demandé de prendre la tête. Depuis le printemps 2025, nous travaillons avec une nouvelle équipe et une feuille de route claire. Nous avons désormais un conseil d’administration dont je suis particulièrement fier, avec des profils variés, des jeunes, des femmes et des représentants des différents modes de chasse. Pour moi, cette capacité à travailler ensemble constitue déjà une réussite majeure.
LS : Le Nord possède une grande diversité de territoires et de pratiques cynégétiques. Comment parvenez-vous à représenter tous les chasseurs au sein d’une même fédération ?
SR : C’est à la fois notre principale difficulté et notre plus grande richesse. Dans le Nord, nous avons pratiquement tous les modes de chasse, tous les types de gibier et des territoires extrêmement différents. Entre les Flandres, le littoral, les grandes plaines agricoles et l’Avesnois, les attentes des chasseurs ne sont pas nécessairement les mêmes. Historiquement, certains courants ont parfois occupé une place dominante au sein de la fédération. Nous voulons sortir de cette logique pour représenter réellement tout le monde. Le gibier d’eau occupe évidemment une place considérable dans notre département et ses pratiquants doivent pouvoir participer aux décisions. Mais nous devons aussi tenir compte du développement du grand gibier, de la chasse de plaine, des chasseurs de petit gibier, des piégeurs et de toutes les associations spécialisées. Nous avons donc réorganisé notre fonctionnement autour de commissions techniques consacrées notamment au gibier d’eau, au grand gibier, au petit gibier, aux ESOD, à l’aménagement du territoire, à la formation et à la communication. Chaque commission est pilotée par un élu qui travaille avec des salariés référents. Cela permet de responsabiliser les administrateurs, de profiter de leurs compétences et de faire avancer plusieurs dossiers en parallèle, tout en maintenant des échanges entre les commissions.
LS : Parmi vos premières satisfactions, vous évoquez la gestion de la grippe aviaire. Qu’avez-vous réussi à obtenir pour les chasseurs de gibier d’eau ?
SR : C’est probablement l’une de nos plus grandes satisfactions. La gestion de la grippe aviaire avait provoqué des tensions considérables dans le département, notamment après deux épisodes qui avaient entraîné des fermetures de chasse pendant plusieurs semaines. Pour un sauvaginier, perdre six semaines au mois de décembre, c’est perdre une partie essentielle de sa saison. Nous avons donc engagé un travail important avec l’administration, la préfecture, la Direction générale de l’alimentation et les services compétents pour expliquer la réalité de notre pratique. Il fallait montrer que les chasseurs de gibier d’eau sont responsables, qu’ils comprennent parfaitement les enjeux sanitaires et la nécessité de protéger les élevages, mais qu’il existe aussi des solutions permettant de maintenir certaines activités avec des précautions adaptées. Nous avons progressivement obtenu des compromis et construit un protocole de bonnes pratiques. Lors de la précédente saison, malgré la présence de foyers de grippe aviaire et de zones de restriction, la chasse a pu se poursuivre, y compris à proximité de certains foyers, dans le respect des conditions prévues. C’est une avancée considérable par rapport aux fermetures que nous avions connues. Nous travaillons maintenant à une nouvelle version de ce protocole pour améliorer encore le dispositif.
LS : Vous avez également travaillé sur les restrictions concernant l’alimentation en eau des huttes. Où en est ce dossier ?
SR : Nous avons obtenu des aménagements et, dans certaines situations, des dérogations permettant de maintenir un minimum d’eau dans les installations. C’est un dossier particulièrement complexe parce que les situations varient selon les bassins versants et les modes d’alimentation. Il est évidemment plus difficile de défendre un prélèvement dans une nappe souterraine lorsque la ressource est sous tension que de discuter de l’utilisation d’eaux de surface dont les niveaux dépendent des précipitations. Nous essayons donc de travailler au cas par cas, avec une approche pragmatique. Ces avancées ont déjà permis de préserver l’activité de plusieurs installations en début de saison. Tout n’est pas réglé, loin de là, mais nous avons retrouvé une capacité de dialogue avec l’administration. Nous représentons environ 20 000 chasseurs dans le Nord, ce qui fait de notre fédération l’une des plus importantes de France. Il est normal que nous puissions faire entendre leurs préoccupations.
LS : La chasse du gibier d’eau occupe une place importante dans le Nord. Est-elle aussi un moyen d’attirer de nouveaux chasseurs et de renouveler les générations ?
SR : Oui, très clairement. Le gibier d’eau possède une véritable capacité à intégrer les jeunes et les nouveaux chasseurs. Bien sûr, certaines installations sont très coûteuses et difficiles d’accès, mais il existe aussi de nombreuses huttes où l’on peut découvrir cette chasse dans de bonnes conditions. Il y a surtout une culture de la transmission très forte chez les sauvaginiers. Des chasseurs expérimentés accompagnent les débutants, leur donnent des conseils, leur transmettent du matériel et leur apprennent les particularités de cette pratique. C’est essentiel dans un département aussi urbanisé que le nôtre. D’ailleurs, je préfère parler de nouveaux chasseurs plutôt que seulement de jeunes chasseurs. Nous formons chaque année entre 800 et 900 nouveaux titulaires du permis de chasser, et nous avons même approché le millier certaines années. Parmi eux, il y a des jeunes, mais aussi des adultes qui découvrent la chasse sans forcément venir d’une famille de chasseurs. C’est un phénomène très intéressant et nous devons accompagner cette dynamique.
LS : Vous aviez annoncé un objectif de prélèvement de 4 500 sangliers dans le département. Où en êtes-vous aujourd’hui et comment évoluent les populations ?
SR : Nous avons maintenu une pression de chasse importante sur le sanglier, mais je tiens à rappeler que notre objectif n’est pas de prélever durablement 4 500 animaux chaque année. Ce que nous recherchons, c’est avant tout une maîtrise des populations. Nous commençons d’ailleurs à observer quelques signaux encourageants. À l’été 2026, nous avons constaté, pour la première fois depuis plusieurs années, une légère diminution des demandes de tirs d’été et des prélèvements réalisés pendant cette période. Cela peut laisser penser que les chasseurs rencontrent un peu moins de sangliers dans certains secteurs. Il faut néanmoins rester prudent. Le Nord n’est pas un département particulièrement boisé, même si certains grands massifs abritent des populations importantes. Notre difficulté principale vient surtout du développement des sangliers en plaine. Depuis plusieurs années, des animaux se sont installés durablement en dehors des forêts, dans les cultures, les haies, les fossés et les petits couverts. Certains vivent pratiquement toute l’année dans ces milieux agricoles. C’est sur ces populations que nous devons concentrer nos efforts, car elles provoquent des difficultés importantes pour les exploitants. Nous voulons donc maintenir une forte pression de prélèvement, notamment en plaine, sans compliquer inutilement les démarches des chasseurs.

LS : Justement, comment comptez-vous limiter les dégâts agricoles tout en conservant une population de sangliers dans les grands massifs forestiers ?
SR : Il faut distinguer les sangliers qui vivent dans les massifs forestiers de ceux qui se développent en plaine. Dans le Nord, nous avons de grandes forêts entourées de vastes surfaces agricoles, souvent constituées de cultures à forte valeur ajoutée. Nous devons absolument éviter les sorties massives d’animaux vers ces cultures. C’est pour cette raison que je défends l’agrainage dissuasif pendant les périodes où les cultures sont particulièrement sensibles, notamment du printemps jusqu’au début de l’automne. L’objectif n’est pas de nourrir les sangliers pour augmenter les populations. Il s’agit de distribuer de petites quantités de nourriture, de manière suffisamment dispersée, afin de les occuper dans les massifs et de limiter leurs déplacements vers les parcelles agricoles. C’est un outil de prévention qui doit évidemment rester encadré et maîtrisé. Il faut aussi rappeler que ce sont les chasseurs qui financent l’indemnisation des dégâts. Il est donc parfaitement logique qu’ils puissent disposer de moyens efficaces pour les prévenir. Nous constatons aujourd’hui une diminution des dégâts, même si nous devons continuer à surveiller attentivement la situation.
LS : Vous avez également alerté sur la gestion des cervidés, notamment dans le massif de Mormal. Comment trouver un équilibre entre les attentes des chasseurs et celles des forestiers ?
SR : La première chose, c’est d’accepter de discuter avec tout le monde. En tant que fédération, nous représentons les chasseurs, mais nous devons aussi entendre les préoccupations des forestiers publics et privés, notamment concernant le renouvellement des peuplements et leur adaptation au changement climatique. Dans le massif de Mormal, nous avions des populations de cerfs importantes et nous partagions le constat qu’il fallait les faire diminuer. Là où j’ai été particulièrement vigilant, c’est sur la manière d’y parvenir. Je ne veux pas d’une gestion qui alterne des périodes d’abondance et des périodes de pénurie. Si nous faisons brutalement chuter les populations, nous risquons ensuite de réduire fortement les prélèvements, de laisser les effectifs remonter et de recommencer quelques années plus tard. Cette gestion en dents de scie ne me paraît pas satisfaisante. Nous devons au contraire rechercher une diminution progressive, puis une stabilisation à un niveau acceptable pour tous. Cette année, les échanges avec l’ONF, les représentants des forestiers, l’administration et les adjudicataires ont été constructifs. Nous avons trouvé des compromis sur les attributions. Les populations diminuent, mais sans effondrement brutal. Il faudra probablement revoir les plans de chasse à la baisse l’année prochaine pour accompagner cette évolution et maintenir un équilibre durable.
LS : Concernant le petit gibier, vous aviez évoqué des difficultés pour la perdrix grise et le lièvre. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’état de ces populations dans le Nord ?
SR : La situation reste fragile, notamment pour la perdrix grise. Nous avons connu des épisodes sanitaires difficiles et les populations sont globalement plus vulnérables qu’autrefois. Pour le lièvre, les perspectives sont un peu plus encourageantes, même s’il faut rester extrêmement prudent. Nous avons renforcé les indicateurs de suivi afin de mieux comprendre la reproduction et d’adapter nos décisions à la réalité du terrain. Nous travaillons notamment sur des analyses permettant de déterminer plus précisément les périodes de naissance des levrauts et d’évaluer le succès reproducteur. Cette année, les attributions ont légèrement augmenté pour atteindre environ 36 500 lièvres. Mais les situations sont très contrastées : certains secteurs présentent des densités remarquables, tandis que d’autres rencontrent davantage de difficultés. Notre politique repose sur trois piliers : une gestion raisonnable des prélèvements, l’aménagement des territoires et la régulation des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts. Ces trois leviers sont indissociables. Nous pouvons adapter les plans de gestion autant que nous le voulons, mais si nous ne travaillons pas sur les habitats et la prédation, nous n’obtiendrons pas les résultats espérés.
LS : Vous venez également d’annoncer un nouveau dispositif en faveur du faisan. En quoi consiste cette initiative et que souhaitez-vous obtenir ?
SR : Nous avons décidé de lancer ce que nous appelons la charte faisan. L’idée est partie d’un constat assez simple : dans le Nord, certains groupements d’intérêt cynégétique, les GIC, obtiennent d’excellents résultats pour installer durablement des populations de faisans naturels. Mais ces structures reposent sur un encadrement administratif relativement lourd, avec des règles de gestion spécifiques. À l’inverse, les territoires qui ne sont pas organisés en GIC disposent seulement des règles générales prévues par l’arrêté d’ouverture et de fermeture. Il nous manquait donc une solution intermédiaire. La carte faisan doit permettre à des détenteurs de droits de chasse de se regrouper à l’échelle d’une ou plusieurs communes, sans devoir créer un dispositif aussi contraignant qu’un GIC. Pour entrer dans cette démarche, ils devront notamment représenter au moins 60 % des surfaces concernées et plus de la moitié des détenteurs de droits de chasse. Nous pourrons ensuite appliquer des mesures simples mais efficaces : protection des poules pendant au moins trois ans, adaptation des périodes de chasse et encouragement au piégeage. Nous savons que ces méthodes fonctionnent lorsque les territoires sont favorables et que les chasseurs jouent collectivement le jeu. Le faisan possède de véritables atouts pour l’avenir de la chasse de plaine. Nous voulons donner à davantage de territoires les moyens de développer des populations naturelles et autonomes. C’est l’une des grandes nouveautés que nous préparons pour les prochaines saisons.
LS : Pour terminer, quelle est selon vous la principale menace qui pèse aujourd’hui sur la chasse française et quel message souhaitez-vous adresser aux chasseurs du Nord ?
SR : Pour moi, la plus grande menace, c’est le grignotage législatif et administratif que nous subissons progressivement. Sur les espèces chassables, les modalités de chasse, les périodes d’ouverture, la régulation des prédateurs ou encore la gestion des territoires, nous voyons se multiplier les contraintes et les interventions de personnes qui ne connaissent pas toujours les réalités de notre activité. Chaque nouvelle restriction peut sembler limitée lorsqu’on la considère isolément, mais leur accumulation finit par avoir des conséquences considérables. Je pense notamment à la régulation du renard ou de la corneille, qui joue un rôle essentiel dans la gestion de nos territoires et la préservation du petit gibier. Si nous perdons progressivement ces moyens d’action, nous risquons de compromettre tout le travail réalisé depuis des années. Nous devons donc rester fermes sur nos fondamentaux et, surtout, rester unis. Cela ne signifie pas qu’il faut refuser le dialogue avec les agriculteurs, les forestiers, l’administration ou les autres acteurs de l’environnement. Au contraire, nous devons discuter et chercher des compromis. Mais les fédérations disposent de compétences, de connaissances du terrain et d’une expérience qu’il faut respecter. Nous sommes des gens responsables, capables de gérer notre activité. La chasse doit continuer à se construire avec les chasseurs, et non se décider sans eux.












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