La vieille rengaine voulant que “le loup ne tue que pour manger” ne résiste pas aux faits. Le phénomène de “surplus killing”, ou abattage excessif, est aujourd’hui bien documenté chez le loup, en particulier lorsqu’il s’attaque à des animaux domestiques. C’est ce qu’explique clairement Federico Tettamanti, éthologue et biologiste suisse, dans une interview accordée à la radio helvétique RSI.
Le “surplus killing”, une réalité chez de nombreux prédateurs
Le surplus killing, ou surprédation, désigne ce comportement par lequel un prédateur tue bien plus de proies qu’il n’en consomme sur le moment. Ce phénomène concerne de nombreux prédateurs, des félins aux ours, mais aussi les canidés dont le loup. “Ce comportement s’observe chez divers prédateurs, des loups aux ours, en passant par les oiseaux, les insectes, et même l’être humain”, détaille Federico Tettamanti.
Dans la nature, ce phénomène apparaît le plus souvent lorsque les proies sont en très forte densité ou particulièrement vulnérables. Exemple typique : l’ours nord-américain pêchant le saumon en abondance, se contentant de la partie la plus calorique et laissant le reste.
Le cas du loup et des troupeaux domestiques
Mais c’est chez le loup que le surplus killing a des conséquences les plus visibles, notamment sur les troupeaux de moutons. Contrairement à une idée reçue, le loup ne s’arrête pas lorsqu’il a suffisamment mangé. Federico Tettamanti explique : “Le loup est tristement célèbre pour cette prédation excessive, notamment sur les animaux domestiques comme les moutons, et notre territoire ne fait pas exception.”
Pourquoi ? “Les moutons, surtout s’ils sont confinés dans des enclos, ne peuvent s’échapper et ne se comportent pas comme des proies naturelles. Dans ces cas-là, le loup peut continuer à tuer tant qu’il y a du mouvement dans le troupeau.” Tant que la panique dure, le loup poursuit son comportement de prédation sans transition vers la consommation.
La différence avec les chèvres est d’ailleurs soulignée : “Les chèvres, plus instinctives, fuient, ce qui explique pourquoi le loup en tue moins. De plus, chez les moutons, beaucoup meurent souvent en fuyant, en tombant ou en s’écrasant les uns contre les autres.”
Un phénomène rare dans la nature, fréquent chez les animaux domestiques
Le surplus killing existe aussi en milieu sauvage, mais il reste rare, car les proies naturelles s’échappent ou se dispersent, forçant le loup à se concentrer sur un seul animal, généralement le plus faible. Dans les élevages, le regroupement, le manque d’échappatoire et l’absence de défenses naturelles provoquent des scènes d’hécatombe.
Protéger les troupeaux : des solutions, mais jamais parfaites
Interrogé sur les moyens de limiter la prédation excessive, Federico Tettamanti répond sans détour : “Les chiens de garde, bien qu’ils ne soient pas toujours faciles à gérer, notamment en cas de conflits avec les randonneurs, constituent la meilleure solution pour prévenir la prédation excessive car ils peuvent interrompre l’attaque d’un loup en l’effrayant, limitant ainsi les pertes.” Les clôtures électriques peuvent aussi aider à empêcher le premier contact, mais “si le loup parvient à pénétrer, la situation ne peut qu’empirer”.
Conclusion : un mythe à déconstruire
Non, le loup ne tue pas seulement ce qu’il consomme. Le phénomène de surplus killing, documenté et expliqué par les biologistes, est une réalité, notamment dans nos campagnes et il s’impose aujourd’hui comme un obstacle concret de la cohabitation entre pastoralisme, ruralité et grands prédateurs












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