Corrèze : la meute de Millevaches met les éleveurs à bout

Meute de loups gris

Quatre louveteaux sont nés au printemps 2025 sur le plateau de Millevaches. Présentée comme une formidable nouvelle par les défenseurs du prédateur, l’installation de cette meute confronte surtout les éleveurs corréziens à des attaques répétées, à une surveillance permanente et à une profonde inquiétude pour l’avenir de leurs exploitations.

Une meute de loups qui pourrit la vie des éleveurs

En quelques mois, le couple de loups repéré sur le plateau de Millevaches est devenu une meute. Quatre louveteaux sont nés au début du mois de mai 2025, portant à six le nombre d’animaux composant cette cellule familiale. La présence d’un autre mâle solitaire est également signalée sur le territoire. Les naturalistes qui suivent les prédateurs insistent sur l’origine différente des deux adultes. Le mâle appartiendrait à la lignée germano-polonaise et la femelle à la lignée italo-alpine. Leurs petits seraient donc issus d’un brassage encore jamais documenté en France. Une particularité génétique largement célébrée par les associations, mais qui ne change rien aux difficultés rencontrées chaque jour par ceux qui élèvent des animaux sur le plateau.

Une pression croissante sur les troupeaux

La présence du loup est officiellement suivie en Corrèze depuis 2017. Après plusieurs indices et prédations, un premier individu fixé sur le territoire avait été abattu le 11 mai 2023 lors d’un tir de défense autorisé. Les attaques ont cependant repris dès l’année suivante avec l’arrivée de nouveaux prédateurs. En 2024, l’Office français de la biodiversité a réalisé 70 constats de dommages. Pour 25 d’entre eux, concernant 153 animaux tués ou blessés, la responsabilité du loup n’avait pas été écartée. La situation s’est encore aggravée en 2025. Sur 87 constats effectués, 50 ont conclu à une responsabilité du loup non écartée. Le bilan officiel fait état de 222 ovins, six bovins et un chien de protection tués ou blessés. Sept autres constats ont été classés en cause indéterminée, mais ont tout de même donné lieu à une proposition d’indemnisation en raison du contexte local de prédation.

Des éleveurs condamnés à surveiller sans relâche

Derrière ces chiffres se trouvent des exploitants confrontés à des animaux égorgés, blessés ou affolés. Fabrice Merhand, berger installé à Toy-Viam, affirme avoir perdu 23 brebis au cours de quatre attaques. Loïc Defossez garde quant à lui plus de 400 brebis en estive, à environ 900 mètres d’altitude. Depuis l’été 2024, il ne laisse plus son troupeau sans surveillance. Cette présence humaine permanente s’ajoute à la pose de clôtures, au regroupement nocturne des animaux et à l’entretien des chiens de protection. Les pertes directement constatées ne représentent ainsi qu’une partie du problème. La peur de la prochaine attaque, les nuits interrompues, le stress des troupeaux et la surcharge de travail pèsent lourdement sur des exploitations déjà fragiles. Certains éleveurs remettent même en cause la possibilité de maintenir leurs animaux en plein air. En voulant simultanément des élevages extensifs, des paysages ouverts et des loups présents sans véritable limitation, les politiques publiques imposent aux agriculteurs des exigences de plus en plus difficiles à concilier.

Des tirs de défense encore trop difficiles à mettre en œuvre

Face à la progression des prédations, des autorisations de tirs de défense ont été délivrées à plusieurs dizaines d’éleveurs corréziens. Ces mesures permettent théoriquement d’abattre un loup lorsqu’il s’approche d’un troupeau protégé. Dans la pratique, le tir d’un prédateur essentiellement mobile, discret et souvent actif dans l’obscurité reste particulièrement difficile. Il suppose une présence prolongée sur place, une identification certaine de l’animal et le respect d’un cadre administratif encore très contraignant. La mobilisation des lieutenants de louveterie, des éleveurs et des chasseurs constitue donc une réponse nécessaire, mais elle ne suffit pas toujours à faire diminuer rapidement la pression sur les troupeaux. Sur le plateau de Millevaches, la naissance de quatre nouveaux loups ne peut qu’accentuer les inquiétudes pour les mois et les années à venir.

Le prétendu modèle italien sérieusement fissuré

Certains défenseurs du loup proposent désormais de transformer sa présence en argument touristique. Les Abruzzes italiennes sont régulièrement citées comme un exemple de cohabitation réussie entre le prédateur, l’élevage et les activités de pleine nature. La réalité est beaucoup moins idyllique. En avril 2026, 18 loups ont été retrouvés morts en quelques jours dans le parc national des Abruzzes, du Latium et de Molise. La piste d’une série d’empoisonnements est privilégiée, tandis que des renards et une buse ont également été découverts morts. Une enquête judiciaire a été ouverte. Selon l’Observatoire italien du loup, 34 spécimens avaient déjà été retrouvés morts au cours des seuls mois de janvier et février. Deux autres loups avaient également été découverts décapités près de Pise au début du mois d’avril. Ces pratiques sont évidemment illégales et doivent être condamnées. Elles démontrent néanmoins que la prétendue cohabitation apaisée est loin d’être une réalité unanimement partagée dans les campagnes italiennes. Lorsque la régulation légale est trop limitée et que le sentiment d’abandon progresse, les tensions ne disparaissent pas. Elles s’enveniment.

L’élevage doit rester prioritaire

Avant d’imaginer des randonnées d’observation ou des nuits en refuge consacrées au loup, encore faudrait-il garantir que les éleveurs puissent continuer à vivre et à travailler sur le plateau de Millevaches. Le développement touristique éventuel du prédateur ne compensera ni les animaux perdus, ni les heures de surveillance, ni la transformation complète des pratiques pastorales. Il ne réparera pas davantage le traumatisme d’un éleveur découvrant au matin ses brebis égorgées. Le retour durable du loup en Corrèze impose donc une réponse claire : faciliter les tirs de défense, renforcer les moyens des lieutenants de louveterie et permettre une régulation rapide des individus qui s’attaquent aux élevages. La protection du super prédateur ne peut pas continuer à primer systématiquement sur la survie de ceux qui entretiennent les territoires ruraux.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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