Le texte élaboré par la commission mixte paritaire sur le projet de loi d’urgence agricole inscrit la valorisation de la venaison sauvage française parmi les projets pouvant contribuer à la souveraineté alimentaire. Une reconnaissance majeure qui pourrait faciliter le financement des équipements indispensables à la structuration de la filière.
Un accord des députés et sénateurs sur la filière gibier
Cette fois, la disposition a franchi l’obstacle décisif de la commission mixte paritaire. Réunis le 16 juillet, députés et sénateurs sont parvenus à un accord sur le projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Dans le texte commun élaboré par les deux chambres, la venaison sauvage française figure explicitement à l’article 1er, consacré aux futurs projets d’avenir agricole. La loi pourrait ainsi préciser que ces projets « peuvent porter sur la valorisation de la venaison sauvage française comme filière d’alimentation durable ».
Une phrase courte, mais une reconnaissance considérable
Cette inscription ne relève pas d’une simple déclaration symbolique. Les projets d’avenir agricole seront reconnus par des comités de pilotage régionaux présidés conjointement par le préfet de région et le président du conseil régional. La chambre régionale d’agriculture participera également à leurs travaux. Les projets retenus pourront concerner une ou plusieurs régions et bénéficieront d’une priorité dans l’accompagnement apporté par l’État et les collectivités territoriales, notamment sur le plan financier. En plaçant la venaison parmi les filières susceptibles d’intégrer ce dispositif, le texte reconnaît donc officiellement que la viande issue de la chasse peut participer à la souveraineté alimentaire française et au développement économique des territoires ruraux.
Des investissements indispensables
La filière française ne manque ni de gibier ni de consommateurs potentiels. Elle souffre surtout d’un déficit d’organisation et d’équipements permettant d’acheminer la viande depuis les territoires de chasse jusqu’aux boucheries, restaurants et commerces. La reconnaissance de projets consacrés à la venaison pourrait notamment soutenir la création de centres de collecte, de chambres froides, d’ateliers de traitement agréés ou d’unités locales de découpe et de transformation. Elle pourrait également accompagner les investissements nécessaires à la traçabilité des carcasses, à leur transport frigorifique et au développement de partenariats avec les artisans bouchers, les restaurateurs et les distributeurs. Le texte insiste d’ailleurs sur le maintien d’un maillage territorial équilibré des infrastructures de transformation. Une priorité particulièrement adaptée aux besoins de la venaison, dont la valorisation dépend souvent de la présence d’un atelier suffisamment proche des territoires de chasse.
Le paradoxe du gibier importé
La situation actuelle est pour le moins incompréhensible. Alors que les chasseurs français prélèvent chaque année un nombre considérable de sangliers, de cerfs et de chevreuils, une grande partie de la viande de gibier commercialisée dans notre pays vient encore de l’étranger. Selon la Fédération nationale des chasseurs, 51 % de la viande de gibier mise sur le marché français serait importée. Dans le même temps, l’augmentation des tableaux de chasse dépasse progressivement les capacités d’autoconsommation des chasseurs et de distribution à leur entourage. Le ministère de l’Agriculture reconnaît lui-même que la majeure partie de la venaison accessible au grand public serait importée. Il souligne également que l’accroissement des prélèvements de grand gibier rend indispensable une amélioration de la diffusion de la viande provenant des territoires français. Continuer à importer de la venaison alors que le gibier français peine à trouver un débouché constitue un non-sens économique, écologique et alimentaire.
Une disposition sauvée jusqu’à la CMP
Cette avancée est le résultat de plusieurs semaines de bataille parlementaire. La valorisation de la venaison avait été introduite à l’Assemblée nationale par un amendement adopté au mois de mai. La rédaction avait alors été modifiée afin de préciser que les projets d’avenir agricole « peuvent inclure » cette filière, plutôt que de leur imposer systématiquement de le faire. Après sa suppression lors de l’examen du texte en commission au Sénat, la disposition avait été rétablie en séance publique le 29 juin. Deux sénateurs, Aymeric Durox (RN) et Étienne Blanc (LR), avaient rappelé que la venaison constituait une ressource locale, naturelle et faiblement émettrice de carbone, compatible avec le développement des circuits courts et la lutte contre le gaspillage alimentaire. Le maintien de cette phrase dans le compromis trouvé par la commission mixte paritaire confirme donc qu’un accord politique existe désormais entre les deux chambres.
Un nouveau cap pour la filière
Cette disposition ne permettra pas, à elle seule, de résoudre immédiatement toutes les difficultés de la filière. Elle ne crée ni financement automatique ni dérogation aux règles sanitaires encadrant la commercialisation du gibier. Elle ouvre néanmoins une porte essentielle. Les projets consacrés à la collecte, à la transformation et à la distribution de la venaison pourront désormais être présentés comme de véritables projets d’avenir agricole et prétendre à un accompagnement prioritaire des pouvoirs publics. Cette avancée intervient alors que la Fédération nationale des chasseurs déploie la marque-label « Gibiers de France », destinée à garantir l’origine française, la traçabilité et la qualité de la viande proposée aux consommateurs. Quelques semaines avant l’adoption de cette disposition, le député Eddy Casterman nous expliquait les raisons qui l’avaient conduit à défendre cet amendement, estimant que la venaison française devait pleinement trouver sa place dans la stratégie alimentaire du pays. Des déclinaisons régionales, comme celle récemment lancée en Normandie, commencent également à structurer des circuits réunissant chasseurs, collecteurs et artisans bouchers. Le texte issu de la commission mixte paritaire doit encore achever son parcours devant les deux assemblées avant une éventuelle promulgation. Mais une étape majeure vient d’être franchie. La venaison française n’est plus seulement considérée comme le produit final d’une action de chasse ou comme une viande consommée entre initiés. Elle entre officiellement dans le débat sur l’alimentation durable, les circuits courts et la souveraineté alimentaire de notre pays.












Laisser un commentaire