Ain : « Les chasseurs doivent devenir les militants de leur propre cause »

Gontran Bénier Pdt de la FDC 01

Dans son dernier éditorial adressé aux chasseurs de l’Ain, Gontran Bénier livre un plaidoyer sans détour en faveur d’une chasse fière de son héritage mais résolument tournée vers l’avenir. Sécurité, dégâts de gibier, renouvellement des générations, données scientifiques et surtout communication : le président de la Fédération départementale des chasseurs de l’Ain appelle ses adhérents à ne plus laisser les autres raconter la chasse à leur place.

Fiers, mais lucides

« Fiers de notre héritage, mobilisés pour notre avenir ». Le titre choisi par Gontran Bénier donne immédiatement le ton. Le président des chasseurs de l’Ain dresse d’abord un constat plutôt encourageant sur la vitalité de la chasse départementale. Il souligne notamment l’arrivée de nouvelles générations et des pratiques qu’il estime toujours plus responsables. La sécurité occupe évidemment une place centrale dans son propos. Gontran Bénier évoque un nombre d’accidents « exceptionnellement bas », résultat selon lui non du hasard, mais de la formation continue des chasseurs et d’une vigilance permanente vis-à-vis des comportements à risque. Même logique lorsqu’il aborde la gestion des espèces. Quotas pour le gibier d’eau, comptages réalisés grâce aux bénévoles, observations de terrain : autant de données qui permettent aux chasseurs de disposer d’éléments factuels pour défendre leurs positions dans les commissions officielles. Car, pour le président de la FDC01, les chiffres restent l’une des meilleures réponses aux discours idéologiques.

Les dégâts de gibier deviennent financièrement insupportables

Mais derrière ce bilan plutôt positif se cache une inquiétude majeure : le financement des dégâts de grand gibier. Gontran Bénier estime que les chasseurs ne peuvent plus continuer à supporter seuls les conséquences financières de populations animales dont ils n’ont parfois pas la possibilité d’assurer la régulation. Il vise particulièrement les territoires dans lesquels la chasse est interdite ou sévèrement limitée. « Nous ne pouvons plus porter seuls ce fardeau, en particulier lorsque les dégâts proviennent de zones où la chasse est interdite ou sévèrement limitée », écrit-il. Et le président de la Fédération départementale des chasseurs de l’Ain pousse le raisonnement plus loin en invoquant le principe du « pollueur-payeur ». Selon lui, lorsque certains espaces sont volontairement sanctuarisés, leurs gestionnaires devraient également participer financièrement aux conséquences de la prolifération du gibier qui peut en résulter. Une position d’autant plus ferme que les chasseurs ont, rappelle-t-il, atteint les objectifs nationaux de réduction des surfaces agricoles détruites tout en restant confrontés à une facture qui menace directement l’équilibre économique du système cynégétique.

Plus de 400 candidats au permis dans l’Ain

Gontran Bénier refuse également l’image d’une chasse condamnée par le vieillissement de ses pratiquants. Plus de 400 candidats se sont présentés au permis de chasser dans l’Ain en 2025, rappelle-t-il. Le président cite également un sondage IFOP selon lequel 7 % des Français seraient prêts à rejoindre les rangs des chasseurs. Pour lui, ces chiffres traduisent un véritable besoin de retour à la nature et à des valeurs d’enracinement. Le défi consiste désormais à accueillir ces nouveaux venus, à les former et à leur transmettre les connaissances indispensables à une pratique responsable. Mais ce n’est peut-être pas là que se situe, selon Gontran Bénier, le combat le plus difficile.

Ne plus laisser les autres parler à la place des chasseurs

Le président de la FDC01 consacre en effet une large partie de son éditorial à la communication. Et son constat est sévère. Selon lui, les opposants à la chasse, bien que minoritaires et souvent éloignés des réalités rurales, ont parfaitement compris le fonctionnement des réseaux sociaux, du lobbying et de la communication émotionnelle. Il dénonce ainsi une transformation du débat autour de la chasse, passé selon lui du terrain scientifique et technique au registre moral et affectif. Le chevreuil devient « Bambi », chaque fait divers est monté en épingle et les mêmes accusations sont répétées jusqu’à installer durablement une image négative du chasseur. Face à cette stratégie, Gontran Bénier estime que le monde cynégétique ne peut plus rester silencieux.

« L’heure n’est plus à la timidité »

C’est probablement le passage le plus fort de son éditorial. « Nous devons devenir les militants de notre propre cause. L’heure n’est plus à la timidité », affirme-t-il. Le président estime qu’un chasseur sur deux n’ose toujours pas parler ouvertement de sa passion et regrette également les difficultés rencontrées pour mobiliser autour des campagnes de dons ou des actions collectives. Il appelle donc chacun à montrer concrètement ce que les chasseurs réalisent sur le terrain : photographier les actions menées, participer à des opérations telles que « J’aime la Nature Propre », proposer des animations pédagogiques dans les écoles ou encore faire remonter les observations grâce aux outils numériques comme ChassAdapt. Une manière de rappeler que la chasse ne se résume pas au prélèvement d’un animal mais englobe aussi gestion des territoires, suivi des populations, entretien des habitats et actions en faveur de la biodiversité.

« Soyons fiers de ce que nous sommes »

L’éditorial se termine par un message qui résume finalement assez bien l’ensemble du propos. Aux « donneurs de leçons » qui souhaiteraient expliquer aux chasseurs comment vivre et gérer leurs territoires, Gontran Bénier oppose « la force de notre héritage et notre engagement pour la biodiversité ». Et conclut simplement : « Soyons fiers de ce que nous sommes. Vive la chasse ! ». Un appel qui dépasse largement les frontières de l’Ain. À l’heure où la bataille autour de la chasse se joue autant sur les réseaux sociaux que dans les bois et les campagnes, son message pourrait être résumé en quelques mots : agir sur le terrain ne suffit plus. Encore faut-il le faire savoir.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis bientôt vingt-cinq ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

2 réponses à « Ain : « Les chasseurs doivent devenir les militants de leur propre cause » »

  1. Nico

    Entièrement d’accord mais la minorité on va dire de « anti chasse » nous pourrisse la vie malheureusement nous pouvons rien y faire a part de longue discussion qui ne mène a rien … on aime ce que l’on fait ! Et soyons en fiers ! la chasse et surtout nos chien car sans eux ceci serait compliqué et vive la chasse

  2. Graule Vincent

    Tout à fait d’accord, sauf pour les 7% prêts à rejoindre nos rangs.
    Je n’y crois pas, malheureusement.
    Intéressant aussi de connaître le ratio des candidats qui ont effectivement pris leur permis.
    Simplifions aussi , arrêtons de créer nos propres contraintes !

    Sauvons les arbres de nos forêts!
    Participons au reboisement des massifs incendiés!
    Supprimons le CPU!
    Le CPU ( carnet de prélèvement universel) est un livret de 20 pages que certaines Fédérations Départementales ( pas toutes)ont rendu obligatoire pour tout chasseur pratiquant sur leur territoire ( même pour une journée).
    Plus de 700 000 exemplaires par an.
    Et pour quelle utilité ?
    Nos instances dirigeantes viennent d’enterrer sa valeur en imposant, pour certains gibiers, l’utilisation obligatoire de l’application Chass Adapt, seule référence scientifique dorénavant reconnue.
    Déjà ,l’on pouvait s’interroger sur son bien fondé :
    Pour la bécasse, la perdrix grise de montagne, la caille il existe des carnets spécifiques de prélèvement.
    Cervidés, sangliers, chevreuils, isards, mouflons en sont exclus.
    Que reste t il ?
    Majoritairement le recensement des prélèvements des gibiers de lâcher.
    Intérêt ?
    J’allais omettre le plus important :
    La perception du timbre CSTD ( cotisation pour financer les dégâts grand gibier ) que la simplification de la validation nationale pouvait faire échapper aux fédérations départementales.
    Un livret de 20 pages pour encaisser une vingtaine d’euros( voire moins, certaines FDC ayant un bilan positif sur le poste dégâts grand gibier)
    on doit pouvoir aisément faire mieux.
    Écologiquement et administrativement.
    Sans parler de la lourdeur de gestion pour les responsables locaux qui gèrent et assument ,seuls, la remise, l’encaissement et la restitution de ce document ,oh combien important !
    Pour ce qui concerne la carte de sociétaire qui y est associée, elle pourrait être dematerialisée ,avec à la clef ,d’autres avantages apportés par cette simplification.

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