Affaire Pilarski : la famille d’Élisa choisit l’avocat de la chasse à courre face à Christophe Ellul

C’est probablement le rebondissement le plus symbolique de toute l’affaire Pilarski. Pour la procédure d’appel engagée par Christophe Ellul, la famille d’Élisa Pilarski a choisi de confier la défense de ses intérêts à Me Guillaume Demarcq, celui-là même qui défendait les veneurs et le maître d’équipage montrés du doigt depuis le début de l’affaire. Sept ans après le drame, l’image est saisissante : l’avocat de ceux que certains avaient désignés comme responsables de la mort d’Élisa se retrouve désormais aux côtés de sa famille, face au propriétaire de Curtis.

Sept ans plus tard, un retournement spectaculaire

Il y a des rebondissements judiciaires. Et puis il y a ceux dont la portée dépasse très largement le prétoire. Celui qui intervient aujourd’hui dans l’affaire Élisa Pilarski appartient incontestablement à la seconde catégorie. La famille d’Élisa Pilarski vient en effet de confier la défense de ses intérêts à M. Guillaume Demarcq dans le cadre de la procédure d’appel engagée par Christophe Ellul Pourquoi ce choix est-il si symbolique ? Parce que Me Demarcq est précisément l’avocat qui, depuis des années, défend la Société de Vènerie, le Rallye La Passion et son maître d’équipage face aux accusations qui ont suivi la mort d’Élisa Pilarski. Au procès de mars dernier, il représentait encore cette vènerie que certains avaient voulu installer sur le banc des accusés. Aujourd’hui, il représentera également les intérêts de la famille de la victime face à Christophe Ellul. Difficile d’imaginer symbole plus fort.

En 2019, la chasse à courre était déjà condamnée sur les réseaux sociaux

Il faut revenir au 16 novembre 2019 pour mesurer la portée de ce retournement. Élisa Pilarski, 29 ans et enceinte de six mois, est retrouvée morte en forêt de Retz, victime de multiples morsures de chien. Une chasse à courre se déroule ce jour-là dans le massif. Il n’en faudra pas davantage pour que commence un emballement considérable. Bien avant que les expertises ne permettent d’établir les responsabilités, la vénerie se retrouve au centre du débat public. La Fondation Brigitte Bardot ira notamment jusqu’à écrire que la jeune femme s’était retrouvée « prise pour cible » par la meute de l’équipage. La Société de Vènerie a rappelé après le jugement de juin l’ampleur de ces accusations et les menaces subies par certains veneurs. Hugo Clément publiait pour sa part, deux jours après le drame : « L’enquête doit déterminer si elle a – ou non – été victime d’une meute de chiens de chasse », avant de rappeler immédiatement qu’une chasse à courre avait lieu dans le secteur. D’autres iront beaucoup plus loin. Rémi Gaillard interpelle directement Emmanuel Macron en évoquant des morsures de chiens de chasse à courre et le « lobby » des chasseurs. AVA, des militants animalistes et des milliers d’internautes vont alimenter pendant des mois l’idée d’une responsabilité de la vénerie. À l’époque, le mal est fait. Le Rallye La Passion, son maître d’équipage Sébastien Van den Berghe et, derrière eux, une pratique entière de la chasse française se retrouvent exposés à une déferlante médiatique et numérique alors que l’enquête est loin d’être terminée. Me Guillaume Demarcq nous racontait encore en février dernier les conséquences humaines de cette période : insultes, suspicion, menaces et climat délétère autour des équipages. Il décrivait surtout le paradoxe auquel les veneurs étaient confrontés : accusés publiquement, ils ne pouvaient pas répondre sur le fond puisqu’ils n’avaient pas encore accès au dossier judiciaire.

Puis les expertises ont parlé

Les années suivantes vont progressivement faire tomber le récit initial. Les expertises vétérinaires et les comparaisons des mâchoires écartent les chiens de l’équipage. Lors du procès de mars 2026, 62 chiens de chasse à courre avaient été examinés et les expertises présentées à l’audience concluaient que les blessures d’Élisa ne correspondaient pas à leurs mâchoires. Même Christophe Ellul, après avoir entendu les éléments présentés devant le tribunal, finira par reconnaître à l’audience que les preuves désignaient Curtis. La mère d’Élisa Pilarski déclarera elle-même devant le tribunal ne plus avoir de doute : « Tout nous amène à penser que c’est Curtis qui a attaqué Elisa. » Le 11 juin, le tribunal correctionnel de Soissons condamne Christophe Ellul à quatre ans d’emprisonnement avec sursis pour homicide involontaire. Le jugement retient que Curtis a causé seul la mort d’Élisa et ordonne l’euthanasie du chien. Christophe Ellul a fait appel quelques jours plus tard, ce qui suspend notamment cette dernière décision. Il reste donc présumé innocent dans le cadre de la procédure d’appel.

Et maintenant, la famille d’Élisa choisit l’avocat des veneurs

C’est là que le nouveau rebondissement prend toute sa dimension. La famille d’Élisa aurait pu choisir n’importe quel avocat pour cette nouvelle étape judiciaire. Elle a choisi Me Guillaume Demarcq. L’homme qui a défendu pendant des années ceux que l’on accusait d’avoir tué Élisa va désormais défendre également les intérêts de la famille d’Élisa dans la procédure qui l’oppose à Christophe Ellul. Ce choix ne constitue évidemment pas, à lui seul, une nouvelle preuve judiciaire : le dossier et le jugement de première instance existent indépendamment de la désignation d’un avocat. Mais symboliquement, difficile de ne pas y voir un désaveu spectaculaire du récit qui avait prospéré à partir de 2019. Car pendant des mois, des militants, associations, influenceurs et internautes ont expliqué ou laissé entendre que les veneurs étaient responsables, que Curtis servait de coupable idéal ou qu’un puissant monde de la chasse pouvait peser sur l’affaire. Aujourd’hui, la propre famille d’Élisa confie ses intérêts à celui qui s’est battu pendant des années pour démontrer que les veneurs n’avaient rien à voir avec sa mort. Le symbole est cruel pour ceux qui avaient jugé avant les juges.

Ceux qui avaient condamné la chasse feront-ils leur mea culpa ?

C’est désormais la question. Il ne s’agit pas de reprocher à ceux qui, dans les premières heures, ont évoqué toutes les hypothèses possibles d’avoir posé des questions. C’était précisément le rôle de l’enquête. Le problème commence lorsque l’hypothèse devient conviction, puis accusation ; lorsque des hommes et leurs chiens sont livrés à la vindicte des réseaux sociaux avant même que les expertises soient terminées ; lorsque la mort d’une jeune femme devient l’occasion d’un procès politique et militant de la chasse à courre. Me Demarcq nous le disait avant le procès : derrière le Rallye La Passion, « c’est tout le monde de la chasse qui a été accusé à tort, et sali pendant des mois ». Le tribunal de Soissons a depuis rendu son jugement. Les expertises ont été exposées publiquement. La mère d’Élisa a dit ne plus avoir de doute. Et voilà désormais sa famille qui choisit l’avocat des veneurs pour la représenter dans la procédure d’appel. Il sera intéressant d’observer si tous ceux qui furent si prompts à commenter l’affaire en 2019 accorderont autant de place à ce nouveau chapitre.

Une image qui résume presque sept années d’affaire Pilarski

L’affaire n’est juridiquement pas terminée puisque Christophe Ellul a fait appel. La cour devra donc à nouveau se prononcer, et la présomption d’innocence s’applique dans cette nouvelle procédure. Mais une image restera. D’un côté, Christophe Ellul et son appel. De l’autre, la famille d’Élisa Pilarski. Et pour défendre cette dernière : Me Guillaume Demarcq, l’avocat de cette chasse à courre que l’on avait accusée, conspuée et parfois condamnée sur les réseaux sociaux avant même que la justice ait parlé. Sept ans après le drame, ceux que l’on présentait comme les responsables se retrouvent, par leur avocat, aux côtés de la famille de la victime. Pour tous ceux qui avaient transformé la mort d’Élisa Pilarski en procès de la chasse française, le symbole est difficile à esquiver.

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Baudouin est journaliste spécialisé dans le monde de la chasse depuis plus de quinze ans et rédacteur en chef de So Chasse. Titulaire d'une carte de presse, il a publié plus de 5 000 articles et réalisé plus de 1 500 reportages vidéo consacrés à la chasse, à la faune sauvage, aux chiens, aux armes, à la réglementation et aux territoires. Il a notamment interviewé plusieurs candidats à l’élection présidentielle en 2017 et 2022 sur leur vision de la chasse et de la ruralité. Ses reportages l’ont également conduit en Italie, en Espagne, en Écosse, en Angleterre, en Allemagne, en Autriche, en Suède, en Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Calédonie, au Bénin et au Mozambique. Chasseur depuis son plus jeune âge, il pratique aussi bien l’approche, l’affût, la battue que la chasse du petit gibier avec son springer. À travers So Chasse, il défend un journalisme de terrain fondé sur l’expérience, la vérification des faits et la rencontre avec les acteurs du monde cynégétique.

Une réponse à « Affaire Pilarski : la famille d’Élisa choisit l’avocat de la chasse à courre face à Christophe Ellul »

  1. Bob26

    Au moins il connaît bien le dossier et un avocat défend la loi en premier lieu.
    Par contre le proprio du clébard je me demande ce qu’il peut dire pour se dédouaner du drame???

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