Le maire de Fréjus David Rachline a annoncé vouloir interdire la chasse sur le territoire communal, partout où la ville en a la possibilité, et pour une durée indéterminée. Une annonce faite après les incendies et la canicule de l’été, mais qui s’inscrit aussi dans un positionnement municipal ancien en faveur de la protection animale. Les modalités concrètes de cette interdiction doivent encore être définies avec les services municipaux et les autorités compétentes.
« Stop à la chasse à Fréjus ! »
David Rachline a choisi une formule particulièrement claire pour annoncer sa décision. Dans une publication Instagram mise en ligne après l’inauguration de l’esplanade Brigitte Bardot, le maire RN de Fréjus écrit : « Stop à la chasse à Fréjus ! » Il annonce ensuite sa volonté « d’interdire la chasse sur le territoire de Fréjus, partout où la commune en a la possibilité, et pour une durée indéterminée ». À ce stade, il s’agit d’une annonce politique et non encore d’un dispositif réglementaire détaillé : le maire précise qu’une réunion doit prochainement être organisée avec les services municipaux, les autorités compétentes et les différents interlocuteurs concernés afin de déterminer les mesures qui pourront effectivement être mises en œuvre. La formulation employée par David Rachline est d’ailleurs importante, puisqu’il ne revendique pas une compétence générale de la commune sur l’ensemble des territoires de chasse, mais annonce vouloir agir « partout où la commune en a la possibilité ».
Une décision annoncée après les incendies et la canicule
Pour justifier cette volonté, le maire de Fréjus met directement en avant les conditions environnementales rencontrées par le territoire au cours de l’été. « Après les incendies de cet été, la canicule et les atteintes subies par notre environnement, nous devons laisser à notre nature et à notre faune le temps de se relever », écrit-il. Le contexte départemental est effectivement marqué par plusieurs mesures prises cette année autour des conséquences des incendies. Le préfet du Var a notamment interdit, pour une durée d’un an à compter de l’ouverture générale de la saison 2026-2027, toute action de chasse sur les surfaces boisées incendiées de plusieurs communes touchées par les feux du Gros Bessillon et des Arcs-Taradeau. Cette mesure ne concerne toutefois pas Fréjus et ne constitue donc pas une interdiction générale de la chasse dans le département. Elle vise à favoriser le repeuplement du petit gibier dans les zones concernées, tandis que la chasse au sanglier en battue y reste autorisée en raison des dégâts agricoles.
Une volonté qui dépasse la seule question des incendies
Dans son message, David Rachline ne présente toutefois pas son projet comme une simple mesure temporaire destinée à accompagner la reconstruction des milieux après les incendies. Il précise vouloir agir « pour une durée indéterminée » et rattache également sa décision à une conviction personnelle concernant la condition animale. « Cette décision traduit aussi une conviction personnelle forte : celle de la défense des animaux et d’un rapport plus respectueux au vivant », écrit-il. Ce positionnement n’est pas entièrement nouveau à Fréjus. Depuis son arrivée à la mairie, la municipalité communique régulièrement sur ses actions en faveur de la protection animale. La Ville rappelle notamment avoir supprimé les corridas à Fréjus dès 2014, créé une chatterie, soutenu des campagnes de stérilisation et d’identification des chats errants ou encore développé différentes actions en faveur de la protection animale. Le maire avait également inauguré en 2022 une chatterie relais et rappelé à cette occasion que le bien-être animal faisait partie des engagements de la commune depuis 2014.
Une annonce qui intervient alors que la saison de chasse vient de commencer
Le calendrier donne également une portée particulière à cette déclaration. Dans le Var, la réglementation de la saison 2026-2027 est fixée par plusieurs arrêtés préfectoraux, notamment celui relatif à l’ouverture et à la clôture générale de la chasse. Les services de l’État ont publié l’ensemble de la réglementation départementale applicable cette saison, ainsi que les différents dispositifs concernant notamment le sanglier, le plan de chasse et les modalités de destruction. La société de chasse La Fréjusienne indique par ailleurs que certaines chasses sont exercées sur des espaces naturels départementaux dans le cadre d’autorisations délivrées par le Département du Var. Sur ces secteurs, l’autorisation de chasser est accordée à la société de chasse dans le cadre d’une convention d’occupation temporaire. La portée exacte de l’annonce de David Rachline dépendra donc des terrains concernés et des compétences respectives de la commune, des propriétaires et des autres autorités publiques. Une décision municipale ne permet pas, à elle seule, de réécrire l’ensemble de la réglementation départementale de la chasse.
La commune peut agir sur certains territoires
La question du périmètre sera donc centrale dans les prochaines semaines. Une commune dispose notamment de ses propres droits lorsqu’elle est propriétaire de terrains, tandis que le maire peut également intervenir dans le domaine de la chasse dans le cadre de ses pouvoirs de police générale. La jurisprudence administrative rappelle cependant que les communes ne disposent pas, au titre de la chasse, d’une compétence générale comparable à celle des associations communales de chasse agréées ou des fédérations départementales. La cour administrative d’appel de Marseille a ainsi rappelé en 2024 que les communes disposent, comme les propriétaires publics ou privés, de droits de chasse sur leurs propriétés, tout en précisant que le maire peut intervenir dans le cadre de ses pouvoirs de police générale. Cette distinction explique la formulation retenue par David Rachline : l’objectif annoncé est d’interdire la chasse « partout où la commune en a la possibilité », et non de proclamer unilatéralement une interdiction applicable à chaque parcelle de Fréjus.
« Protéger notre faune et notre patrimoine naturel »
David Rachline assume néanmoins une orientation politique clairement affichée. « Ce choix, je l’assume pleinement », écrit-il avant de conclure : « Protéger notre faune et notre patrimoine naturel est, à mes yeux, un devoir de responsabilité, un choix pour l’avenir et, surtout, une manière concrète de faire vivre l’héritage de Brigitte Bardot. » Le choix du nom de Brigitte Bardot pour l’esplanade inaugurée à Fréjus donne d’ailleurs un contexte particulier à cette annonce. La commune avait déjà multiplié les initiatives liées à la protection animale ces dernières années, et le maire avait encore renforcé ce positionnement en 2026 avec des mesures annoncées concernant la protection des animaux lors des épisodes de forte chaleur.
Quelles conséquences pour les chasseurs fréjusiens ?
Pour les chasseurs, la prochaine étape sera donc de connaître précisément les mesures que la municipalité entend prendre et les terrains sur lesquels elles pourront s’appliquer. David Rachline annonce lui-même qu’une réunion doit réunir prochainement les services municipaux, les autorités compétentes et les interlocuteurs concernés. La question sera notamment de distinguer les propriétés et espaces relevant directement de la commune, les territoires bénéficiant d’autres régimes de droit de chasse et les secteurs soumis aux décisions préfectorales. Pour l’heure, aucune interdiction générale détaillée n’a été annoncée dans le message du maire. La réglementation départementale de la saison 2026-2027 reste en vigueur, tandis que la municipalité doit désormais préciser la traduction concrète de cette volonté politique.
Une position qui interroge
Au-delà de l’annonce elle-même, la position du maire de Fréjus peut difficilement laisser indifférent. Prendre la décision de vouloir interdire la chasse sur l’ensemble du territoire communal, et cela pour une durée indéterminée, constitue une orientation particulièrement forte. D’autant que les incendies et les épisodes de chaleur invoqués par David Rachline ne permettent pas, à eux seuls, de tirer automatiquement la conclusion qu’une interdiction générale de la chasse serait nécessaire sur l’ensemble du territoire. La question mérite donc d’être posée : peut-on réellement répondre aux conséquences des incendies et de la sécheresse en supprimant une activité cynégétique dans son ensemble ? Les chasseurs pourraient notamment rappeler que les mesures prises après les incendies sont généralement territorialisées et qu’elles peuvent distinguer les secteurs effectivement touchés des autres zones. Dans le Var, le préfet a ainsi déjà pris des mesures spécifiques après certains incendies, avec une interdiction de la chasse pendant un an dans plusieurs secteurs boisés sinistrés, tout en maintenant certaines possibilités de chasse au sanglier pour répondre aux dégâts agricoles.











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