La France importe encore la moitié de son gibier : la FNC veut changer la donne

Dans son dossier de presse de rentrée présenté le 14 septembre 2026, la Fédération nationale des chasseurs (FNC) détaille sa stratégie pour faire de la venaison française une véritable filière alimentaire, en s’attaquant notamment aux freins réglementaires et logistiques qui limitent encore sa commercialisation.

4 406 tonnes de gibier importées de l’étranger en 2019

« Nous ne manquons pas de gibier. Nous manquons encore de liberté pour le valoriser. » Dans son dossier de presse de rentrée, Willy Schraen résume en une phrase la nouvelle bataille portée par la Fédération nationale des chasseurs. Pour la FNC, le problème n’est plus seulement de gérer les populations de grand gibier, mais aussi de mieux utiliser la viande issue des prélèvements. Le paradoxe est particulièrement frappant. En 2019, 51 % du gibier commercialisé en France provenait de l’étranger, soit 4 406 tonnes importées. Dans le même temps, le territoire français dispose d’une ressource sauvage importante. « La France possède une ressource alimentaire unique : locale, durable, sauvage, disponible sur l’ensemble du territoire », souligne la FNC.

Une filière encore freinée par la réglementation

Selon les chiffres issus du rapport du CGAAER cité dans le dossier, environ 17 500 tonnes de viande sans os de grand gibier français seraient disponibles chaque année. Pourtant, seulement 7,2 % seraient orientées vers le marché. Le reste est principalement autoconsommé ou distribué dans un cadre privé. « L’essentiel reste autoconsommé ou distribué dans un cadre privé », constate la Fédération. Pour la FNC, les difficultés ne viennent donc pas d’un manque de ressource ou de demande, mais principalement de freins réglementaires, logistiques et économiques. La commercialisation du gibier sauvage est soumise à des exigences sanitaires importantes. La Fédération ne remet pas en cause leur principe : « Ces règles sont indispensables : elles garantissent aux consommateurs un haut niveau de sécurité alimentaire. » Elle estime toutefois que certaines procédures sont devenues trop lourdes pour permettre le développement des circuits de proximité.

Seulement une vingtaine d’établissements de traitement du gibier

Le problème est aussi très concret sur le terrain. La France ne compterait qu’une vingtaine d’établissements de traitement du gibier. Dans plus de la moitié des départements, les chasseurs ne disposent d’aucune solution de proximité pour valoriser leurs prélèvements. « Cette situation limite l’accès des artisans bouchers, des restaurateurs et des commerces alimentaires à une viande pourtant disponible localement. » La FNC veut donc développer les circuits courts. Une expérimentation lancée à la suite de l’arrêté ministériel du 26 juin 2024 permet, dans un cadre sanitaire précis, de découper une carcasse en six morceaux afin de les vendre directement à un professionnel situé dans un rayon de 80 kilomètres. Une évolution que la Fédération considère comme importante, même si le dispositif reste encore peu utilisé : sur les dix territoires initialement autorisés, seuls trois sont aujourd’hui engagés.

« Gibiers de France » pour changer l’image du gibier

La FNC compte également sur sa marque « Gibiers de France », lancée en octobre 2025. L’objectif est de donner au consommateur un repère permettant d’identifier une viande issue exclusivement de gibier sauvage prélevé en France, avec une traçabilité du territoire de chasse jusqu’à l’assiette. Mais la bataille est aussi culturelle. La Fédération veut sortir la venaison de l’image de viande réservée aux repas de fête. « La venaison ne doit plus être perçue comme une viande réservée aux grandes occasions. » Burgers, steaks hachés, saucisses, bolognaise ou plats cuisinés : le gibier peut, selon la FNC, trouver une place beaucoup plus importante dans l’alimentation quotidienne.

60 000 bouchées de gibier pendant le Salon de l’agriculture 2026

La démonstration passe aussi par le terrain. Lors du Salon international de l’agriculture 2026, le comptoir de dégustation de la FNC a attiré près de 15 000 visiteurs et plus de 60 000 bouchées de gibier ont été servies en neuf jours. Une expérience qui, pour la Fédération, montre que la venaison peut séduire lorsqu’elle est présentée sous des formes accessibles. La prochaine étape sera donc de convaincre davantage de consommateurs. Une campagne nationale doit être diffusée à l’automne 2026 pour faire découvrir la venaison au grand public. « Il s’agit de faire progressivement entrer le gibier dans le quotidien des Français », explique la FNC. L’ambition est désormais clairement affichée : « Valoriser français, transformer français, consommer français. »

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Né en 2005, Liluan Sérazin est originaire de Loire-Atlantique, au cœur de la Brière. Fraîchement diplômé du Centre Nantais de Journalisme, il a collaboré avec des médias du groupe actu.fr et plus récemment avec Presse Océan. Chasseur passionné depuis tout petit, c’est le petit gibier à plume qui l’intéresse, notamment le gibier d’eau, le pigeon à l’affût et la bécasse, qu’il traque avec ses deux springers spaniels. Il va mettre ses connaissances cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur.

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