Des loups sous GPS ? Une solution techniquement lourde à déployer

Loup équipé d'un GPS

La ministre de l’Agriculture Annie Genevard propose d’équiper certains loups de GPS dans les secteurs de forte prédation et sur les fronts de colonisation, afin d’alerter les éleveurs. Techniquement, la France sait parfaitement suivre un loup par satellite. Mais entre suivre quelques animaux à des fins scientifiques et construire un véritable système d’alerte des troupeaux, les difficultés s’accumulent rapidement. Et pour l’heure, aucun budget ni dispositif opérationnel précis n’a été présenté.

Une idée ministérielle pour protéger les élevages

L’idée peut paraître séduisante sur le papier. Un loup s’approche d’un troupeau. Son collier GPS détecte son entrée dans une zone prédéfinie et une alerte est envoyée à l’éleveur, qui peut renforcer sa surveillance, rentrer ses animaux ou mettre en œuvre ses moyens de protection. Auditionnée mercredi 16 septembre par la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, Annie Genevard a proposé d’utiliser ce principe dans les territoires connaissant une forte prédation ainsi que sur les fronts de colonisation. La ministre a indiqué avoir soumis cette piste à sa collègue chargée de la Transition écologique et assuré que « nous avons la capacité technique d’équiper les loups ». Sur ce dernier point, aucun doute : c’est techniquement possible. La vraie question est de savoir à quel prix, pour combien de loups et avec quelle efficacité réelle.

Une « puce » qui est en réalité un collier

Première précision : il ne s’agirait évidemment pas d’implanter au loup une petite puce comparable à celle utilisée pour identifier un chien domestique. Pour connaître à distance et régulièrement la position de l’animal, il faut l’équiper d’un véritable collier GPS capable d’enregistrer ses coordonnées et de transmettre les données par réseau mobile ou satellite. La France vient justement d’en faire l’expérience. La louve capturée accidentellement en Seine-Maritime en mai dernier, puis relâchée dans la Drôme, avait été équipée par l’OFB d’un collier de géolocalisation. Celui-ci fournissait des positions avec une précision généralement comprise entre 8 et 15 mètres et envoyait ses données par le réseau satellitaire Iridium. Durant 65 jours, l’animal a parcouru environ 634 kilomètres avant d’être prélevé lors d’un tir de défense dans les Alpes-de-Haute-Provence. Le dispositif fonctionne donc. Mais dans ce cas précis, l’OFB avait bénéficié d’une circonstance particulièrement favorable : le loup avait déjà été capturé accidentellement.

Le plus difficile sera d’abord d’attraper les loups

Pour transformer cette expérience en politique de prévention, il faudrait commencer par capturer volontairement les animaux que l’on souhaite équiper. Et c’est là que les choses se compliquent sérieusement. Dans différents programmes scientifiques européens, les loups sont capturés à l’aide de dispositifs spécialisés installés sur leurs voies de passage. Les pièges doivent être surveillés continuellement grâce à des alarmes et des caméras afin que les équipes puissent intervenir rapidement. Une fois sur place, un vétérinaire ou un opérateur habilité anesthésie l’animal, qui est examiné, mesuré, équipé puis surveillé jusqu’à son réveil avant d’être relâché. En Scandinavie, certains programmes de recherche ont même eu recours à la recherche des loups puis à leur télé-anesthésie depuis un hélicoptère. Tout cela nécessite du personnel spécialisé, du matériel, des déplacements, du temps et une organisation importante. Et surtout, poser les pièges ne garantit évidemment pas qu’un loup viendra s’y prendre au moment souhaité.

Le prix du collier n’est qu’une partie de la facture

À ce stade, Annie Genevard n’a annoncé aucun chiffrage du dispositif qu’elle propose. Les tarifs des colliers scientifiques varient beaucoup selon leur autonomie, leur système de communication, leur fréquence de localisation et l’utilisation d’un réseau GSM ou satellitaire. Des marchés publics étrangers montrent que le matériel représente déjà plusieurs centaines à plusieurs milliers d’euros ou de dollars par animal selon l’équipement retenu, auxquels peuvent s’ajouter les abonnements et les transmissions de données. Mais ce n’est pas nécessairement là que se trouve la dépense principale. À titre de comparaison historique, le programme finlandais de suivi du loup avait coûté 257 500 euros en 2016. Les colliers GPS représentaient 44 000 euros de cette somme, contre 54 000 euros pour les moyens aériens et 110 000 euros pour les chercheurs et personnels de terrain. Il ne s’agit évidemment ni des prix français de 2026 ni du projet proposé par Annie Genevard. Mais cet exemple montre que lorsqu’on parle de suivi GPS d’animaux sauvages, acheter les colliers n’est qu’une partie de l’addition. Il faut encore parvenir à les poser.

Et combien de loups faudrait-il équiper ?

C’est probablement la principale faiblesse technique d’un éventuel système d’alerte. Imaginons qu’un loup équipé soit localisé à huit kilomètres d’un troupeau. L’éleveur peut-il en conclure que ses animaux ne courent aucun risque ? Absolument pas. L’information signifie seulement que ce loup-là se trouve à huit kilomètres. Un autre membre de la meute peut s’être momentanément séparé du groupe. Un individu non équipé peut se trouver à quelques centaines de mètres du troupeau. Un jeune en dispersion, totalement inconnu du système, peut traverser le secteur. Les programmes scientifiques cherchent généralement à équiper certains individus afin d’étudier les déplacements d’une meute ou l’utilisation de son territoire. Cela peut fournir énormément d’informations sur le comportement du groupe. Mais un outil scientifique de connaissance n’est pas automatiquement un détecteur exhaustif de loups. Pour obtenir cette garantie, il faudrait pratiquement équiper tous les animaux susceptibles de fréquenter le secteur. Et c’est une toute autre échelle.

Une meute n’est pas toujours un bloc compact

On pourrait évidemment tenter d’équiper en priorité un reproducteur ou un individu particulièrement lié à la meute. Lorsque celle-ci se déplace ensemble, son GPS deviendrait alors un excellent indicateur de sa localisation. Mais les études télémétriques montrent précisément que les loups n’évoluent pas constamment les uns contre les autres. Ils peuvent chasser, prospecter ou se déplacer séparément avant de se rejoindre. Quant aux jeunes loups qui quittent leur groupe natal, ils peuvent parcourir des distances considérables. La louve suivie cette année par l’OFB constitue d’ailleurs une excellente illustration de cette mobilité : 634 kilomètres de déplacements ont été enregistrés en seulement 65 jours. Un système de surveillance devrait donc être constamment actualisé à mesure que des individus arrivent, disparaissent, se dispersent ou rejoignent de nouveaux territoires.

Le GPS ne signifie pas forcément « temps réel »

Une seconde difficulté concerne la fréquence des informations. Un collier GPS peut techniquement enregistrer des positions très rapprochées. Certains équipements scientifiques peuvent être reprogrammés jusqu’à une localisation par minute. Mais chaque acquisition et chaque transmission consomment de l’énergie. Plus on veut suivre précisément et fréquemment l’animal, plus on sollicite la batterie. Dans le cas de la louve suivie par l’OFB, les positions étaient enregistrées dans le collier puis transmises par lots. Le relief et la couverture forestière pouvaient également empêcher temporairement certaines transmissions. Or quelques dizaines de minutes peuvent compter lorsqu’un loup en déplacement approche d’un parc à moutons. Les fabricants savent créer des barrières virtuelles : lorsque l’animal franchit une limite géographique programmée, le collier peut déclencher un message. Mais même dans ce cas, le système ne détecte le franchissement qu’au prochain point GPS programmé. Il faut donc arbitrer entre précision de l’alerte et autonomie du matériel.

Que se passe-t-il si le collier tombe en panne ?

Il faut encore ajouter les réalités classiques de tout matériel placé pendant des mois sur un animal sauvage. Batterie épuisée, problème de transmission, relief bloquant momentanément le signal, détérioration du collier ou perte de l’équipement : aucun système électronique n’offre une disponibilité absolue. Même lorsqu’une position manque à la transmission, elle peut rester enregistrée dans la mémoire interne et être récupérée plus tard. C’est très utile pour la recherche scientifique. Beaucoup moins pour prévenir une attaque qui pourrait avoir lieu cette nuit-là. Une donnée récupérée trois jours plus tard permettra de savoir où était passé le loup. Elle ne permettra évidemment plus d’alerter l’éleveur.

Une information utile, mais pas une garantie

Le suivi GPS pourrait incontestablement apporter des informations très intéressantes dans certains secteurs. Sur un front de colonisation, suivre un ou plusieurs animaux permettrait de connaître leur territoire, leurs déplacements et éventuellement d’alerter certains éleveurs lorsqu’un individu équipé se rapproche de leurs troupeaux. Mais il faudrait éviter de transformer cette alerte en certificat d’absence du prédateur. Le silence du téléphone de l’éleveur ne signifierait jamais qu’aucun loup ne se trouve à proximité. Il signifierait seulement qu’aucun des loups équipés et correctement suivis n’a déclenché d’alerte. Toute la différence est là.

Entre expérience scientifique et outil de protection

La proposition d’Annie Genevard n’a donc rien de techniquement fantaisiste. Des loups sont équipés de GPS depuis des années dans plusieurs pays et l’OFB vient encore de démontrer en France la précision remarquable que peuvent fournir ces dispositifs. Mais passer de quelques individus suivis par des scientifiques à un réseau destiné à protéger concrètement les élevages imposerait de capturer volontairement des animaux sauvages, de multiplier les équipements, de financer les équipes de terrain et les transmissions, puis de maintenir le dispositif dans la durée. Tout cela pour obtenir une information nécessairement incomplète tant que tous les loups présents dans un secteur ne sont pas équipés. Avant de savoir si les GPS pourront réellement aider les éleveurs, il reste donc plusieurs questions très concrètes auxquelles le Gouvernement devra répondre : combien d’animaux souhaite-t-il capturer, dans quels territoires, selon quelles méthodes et surtout pour quel coût ? Car savoir précisément où se trouve un loup peut être précieux. Encore faut-il savoir où se trouvent les autres.

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Né en 1973, Frédéric Buszkowski vit en Dordogne. Ancien sous-officier de l'armée de Terre puis technicien supérieur à la SNCF, il est chasseur passionné depuis plus de vingt ans. Sa pratique couvre un large éventail de modes de chasse : le grand gibier en battue et à l'affût, le pigeon ramier en palombière, le petit gibier à plumes, ainsi que la régulation des corvidés. Fort de son expérience de terrain, il met aujourd'hui ses connaissances du monde cynégétique au service de So Chasse en tant que rédacteur, avec une approche à la fois rigoureuse, pratique et ancrée dans les réalités de la chasse française.

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