À quelques mètres d’un sanglier blessé ou acculé au ferme, les qualités recherchées ne sont plus celles d’une munition destinée à un tir tendu à 200 mètres. Gros diamètre, projectile lourd, pénétration et efficacité à courte distance prennent alors tout leur sens. Le .45-70 Government, le .444 Marlin et le .450 Marlin ont été conçus de l’autre côté de l’Atlantique, mais leurs caractéristiques les rendent particulièrement intéressants dans les carabines à levier de sous-garde utilisées en milieu fermé par des traqueurs armés.
Quand la puissance passe par le diamètre
Dans certains départements, pour la chasse du grand gibier, un ou plusieurs traqueurs peuvent être autorisés à porter une arme à feu. Lorsque la végétation est dense et qu’un sanglier blessé tient les chiens au ferme, le tir éventuel se déroule alors généralement à très courte distance. Dans cette situation particulière, inutile de rechercher une trajectoire parfaitement tendue ou une vitesse dépassant les 900 m/s. Les cartouches américaines de gros diamètre jouent une autre partition : des projectiles de 15 à parfois plus de 25 grammes, des diamètres compris entre 10,9 et 11,6 mm et une importante quantité de mouvement. Cela ne signifie évidemment pas qu’un calibre puisse garantir à lui seul l’arrêt instantané d’un animal. Le placement du projectile et sa construction restent déterminants. Mais ces grosses cartouches lentes disposent de caractéristiques particulièrement adaptées au gros gibier à courte portée.
.45-70 Government : 153 ans et toujours dans la course
Adopté par l’armée américaine en 1873 pour le Springfield Trapdoor, le .45-70 Government est le doyen de notre sélection. Son appellation historique signifiait à l’origine un projectile de calibre .45 propulsé par 70 grains de poudre noire. Son étui à bourrelet mesure 53,47 mm de longueur selon les dimensions SAAMI actuelles. Le diamètre maximal du projectile est de .458 pouce, soit environ 11,63 mm, tandis que la longueur totale d’une cartouche se situe entre 63,25 et 64,77 mm. Son imposant bourrelet atteint environ 15,44 mm. Mais le .45-70 d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir, en performances, avec la munition militaire à poudre noire du XIXe siècle. On rencontre traditionnellement des projectiles de 300, 325, 350, 405 voire 500 grains, soit environ 19,4 à 32,4 grammes. Pour la chasse moderne, les 300 à 405 grains constituent cependant le cœur de l’offre. Les profils FN ou FP, pour Flat Nose ou Flat Point, sont particulièrement fréquents : l’avant du projectile est aplati. On rencontre aussi des RN, Round Nose, à nez arrondi, des SP à pointe plomb et des JHP ou HP à pointe creuse. Cette forme de projectile n’est pas un hasard.

.45-70 Government
La solution d’Hornady pour optimiser les balles des levier de sous garde
Les carabines à levier de sous-garde traditionnelles disposent généralement d’un magasin tubulaire placé sous le canon. Les cartouches y sont rangées les unes derrière les autres, la pointe d’un projectile venant donc au contact de l’amorce de la cartouche suivante. Une balle conventionnelle très pointue n’est par conséquent pas souhaitable dans ce type de magasin. Pendant plus d’un siècle, les fabricants ont privilégié des projectiles à nez plat ou arrondi. Le revers est aérodynamique : une Flat Nose possède un coefficient balistique médiocre et perd assez rapidement vitesse et énergie. Hornady a contourné le problème avec sa gamme LEVERevolution et son projectile FTX, pour Flex Tip eXpanding. Sa pointe, réalisée dans un matériau élastomère déformable, peut présenter un profil plus aérodynamique tout en restant compatible avec les magasins tubulaires. Hornady annonce que cette technologie peut procurer jusqu’à 250 fps, environ 76 m/s, de gain par rapport à certaines charges traditionnelles à nez plat. En .45-70 Government, le fabricant propose notamment une FTX de 325 grains, soit 21,1 grammes. Hornady annonce environ 2 000 fps, soit 610 m/s, depuis son canon de référence, ce qui représente environ 3 900 joules à la bouche. Nous sommes donc loin de l’image d’une vieille cartouche poussive.

Hornady FTX
.444 Marlin : plus étroit mais nettement plus rapide
Le .444 Marlin apparaît en 1964. Développé par Marlin et Remington, il devait redonner aux carabines à levier une cartouche puissante à une époque où les armes modernes en .45-70 avaient pratiquement disparu du marché américain. Son étui droit à semi-bourrelet est plus long que celui du .45-70 : 56,52 mm. La cartouche complète mesure de 63,50 à 65,28 mm. Son projectile affiche un diamètre de .430 pouce, environ 10,92 mm, tandis que son bourrelet mesure 13,06 mm. Le .444 est donc sensiblement plus étroit que les deux calibres .45 de notre sélection. Il compense en partie cette différence par sa vitesse. Les chargements classiques utilisent généralement des projectiles de 240 à 300 grains, soit 15,6 à 19,4 grammes. Les 240 grains peuvent dépasser 700 m/s, tandis que les projectiles de 265 ou 300 grains évoluent plutôt autour de 600 à 680 m/s selon les chargements et la longueur du canon. Là encore, les formes Flat Point, Soft Point et Hollow Point ont longtemps dominé. Le .444 Marlin présente toutefois une particularité : son diamètre de balle de .429/.430 pouce est celui de la famille du .44 Magnum. Cela ne signifie pas pour autant que n’importe quel projectile destiné à un revolver en .44 Magnum soit adapté aux vitesses nettement supérieures développées par le .444. Pour la chasse au grand gibier, la construction du projectile compte énormément afin d’éviter une expansion trop brutale et de conserver une pénétration suffisante. Hornady a justement développé une FTX de 265 grains spécifique au .444 Marlin. Le constructeur référence bien ce projectile en diamètre .430 pouce dans sa gamme FTX. Avec des chargements modernes de ce type, le .444 devient probablement le plus « tendu » des trois calibres présentés ici. Il conserve néanmoins ce qui fait son intérêt dans les milieux fermés : gros diamètre, masse importante et efficacité à des distances où la chute de trajectoire n’a pratiquement aucune importance.

.444 Marlin
.450 Marlin : le gros bras moderne
Le .450 Marlin est beaucoup plus récent puisqu’il apparaît en 2000, fruit d’une collaboration entre Marlin et Hornady. On le présente souvent comme un « .45-70 moderne », ce qui décrit assez bien sa philosophie mais pas sa généalogie exacte. Il ne dérive pas directement du .45-70 : son ascendance passe par le .458 × 2-inch American, lui-même issu de la famille du .458 Winchester Magnum. La différence saute d’ailleurs aux yeux : contrairement au .45-70, son étui possède une ceinture. Il mesure 53,35 mm de longueur, pratiquement comme celui du .45-70, pour une longueur totale maximale de 64,76 mm. Son projectile mesure .4583 pouce au maximum, soit environ 11,64 mm. Le corps de l’étui atteint environ 13 mm et la ceinture 13,51 mm. Cette architecture permet surtout d’identifier clairement une cartouche conçue pour fonctionner à des pressions nettement supérieures à celles des anciennes armes en .45-70. Le .450 Marlin offre ainsi les performances des chargements modernes les plus musclés du .45-70 sans pouvoir être introduit par erreur dans un vieux Springfield Trapdoor conçu pour des pressions beaucoup plus faibles.

.450 Marlin
325 grains et près de 5 000 joules
C’est avec des projectiles de 300 à plus de 400 grains que le .450 Marlin exprime tout son caractère. La charge probablement la plus emblématique reste la Hornady LEVERevolution utilisant une FTX de 325 grains, soit 21,1 grammes. La vitesse nominale historique est d’environ 2 225 fps, soit 678 m/s, pour une énergie voisine de 4 840 joules depuis un canon de référence de 24 pouces. On comprend immédiatement pourquoi la réputation du .450 Marlin dépasse celle d’une simple grosse cartouche lente. À très courte distance, son projectile de presque 11,7 mm arrive avec la masse d’une balle de 21 grammes et une énergie comparable à celle de nombreux calibres magnum modernes. La contrepartie existe : dans une carabine compacte, le recul est sérieux. Le .450 Marlin demande donc une arme correctement épaulée et surtout un tireur qui le maîtrise. Un calibre puissant avec lequel le chasseur appréhende le départ du coup est moins intéressant qu’une cartouche un peu plus douce qu’il place parfaitement.
Trois caractères bien différents
Sur le papier, ces trois munitions pourraient paraître très proches. Elles ne le sont pas complètement. Le .45-70 Government offre de très loin le plus grand choix de chargements. Il peut passer d’une munition relativement douce avec une lourde balle lente à des chargements modernes extrêmement puissants dans les armes conçues pour les supporter. Le .444 Marlin utilise un projectile légèrement plus petit mais atteint généralement des vitesses supérieures. Avec ses 265 grains modernes, il conserve une trajectoire un peu plus tendue et reste très efficace sans atteindre tout à fait la violence du .450 Marlin. Quant au .450 Marlin, il a précisément été créé pour délivrer d’origine les performances des .45-70 modernes à haute pression dans une cartouche distincte. C’est le plus rare des trois, mais également l’un des plus impressionnants.
La FTX a changé les vieilles cartouches des LSG
Ces calibres souffraient historiquement d’un handicap : leur projectile à nez plat était parfait à courte distance mais catastrophique sur le plan aérodynamique. La technologie FTX n’en fait évidemment pas des calibres de tir à longue distance. Elle leur permet cependant de mieux conserver leur vitesse et leur énergie et d’offrir une trajectoire moins plongeante que les traditionnelles FN ou RN. Le principe reste particulièrement intéressant sur le .45-70 et le .444 Marlin : moderniser les performances sans abandonner le magasin tubulaire qui fait précisément le charme et la maniabilité des lever-actions.
Dans les ronciers, leurs qualités prennent tout leur sens
Aucun de ces trois calibres n’a été conçu pour transformer une carabine à levier de sous-garde en arme de montagne. Leur terrain naturel reste la courte et moyenne distance. Dans une traque, un sous-bois fermé ou au ferme sur un sanglier, les quelques centimètres supplémentaires de flèche à 150 mètres importent peu. Le gros diamètre du projectile, sa masse et sa construction prennent en revanche toute leur importance. Et l’association avec des carabines courtes à levier de sous-garde n’est pas innocente : ce type d’arme peut rester extrêmement compact, notamment avec des canons de l’ordre de 46 à 51 cm et la sécurité de leur fonctionnement, avec une balle en chambre et le chien rabattu, en font des outils de choix pour les traqueurs. Le .45-70 Government, le .444 Marlin et le .450 Marlin appartiennent ainsi à une autre école de la balistique. Celle où l’on ne cherche pas d’abord la vitesse mais un projectile lourd, de gros diamètre, délivrant son énergie à courte distance. Une philosophie vieille de plus d’un siècle pour le .45-70, mais qui, avec les chargements modernes et les projectiles FTX, n’a décidément rien d’obsolète.

Traqueur armé sur Keiler au ferme












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