Le Sénat italien a adopté une réforme majeure de la législation sur la chasse. Désormais présentée comme un outil de gestion de la biodiversité et non plus comme une simple dérogation à la protection de la nature, l’activité cynégétique change de statut. Le texte, soutenu par Giorgia Meloni, doit encore être définitivement adopté par la Chambre des députés.
Une révolution dans la philosophie de la chasse
C’est sans doute la réforme cynégétique la plus importante adoptée en Europe depuis plusieurs décennies. Le 23 juin dernier, le Sénat italien a approuvé, par 80 voix contre 56, le projet de loi DDL 1552 qui réforme en profondeur la célèbre loi 157/1992 encadrant la chasse
Au-delà des mesures techniques qu’elle contient, cette réforme marque un changement radical de philosophie. Jusqu’à présent, la législation italienne reposait sur un principe simple : la faune sauvage devait être protégée et la chasse constituait une exception strictement encadrée. Avec ce nouveau texte, l’approche est totalement inversée. La chasse est désormais reconnue comme une activité contribuant à « la conservation et à la protection de la biodiversité et des écosystèmes ». Les chasseurs sont officiellement qualifiés de « biorégulateurs » du territoire et deviennent des acteurs assumés de la gestion de la faune sauvage. Une évolution qui rappelle les arguments régulièrement avancés par les fédérations des chasseurs françaises lorsqu’elles défendent leur rôle dans la régulation des populations animales.
Une réforme portée par Giorgia Meloni
Le gouvernement de Giorgia Meloni et son ministre de l’Agriculture, Francesco Lollobrigida, ont porté cette réforme en estimant que la réglementation actuelle n’était plus adaptée aux réalités du terrain. Ils mettent notamment en avant plusieurs constats : la baisse continue du nombre de chasseurs, l’explosion des dégâts agricoles causés par certaines espèces, la prolifération des animaux invasifs ainsi que la nécessité de disposer d’outils plus efficaces pour gérer les populations de grand gibier. Sans surprise, la réforme a profondément divisé la classe politique italienne. Les partis de droite l’ont soutenue tandis que les formations de gauche s’y sont opposées, reproduisant des lignes de fracture très proches de celles observées en France sur les questions cynégétiques.
Des saisons plus souples et davantage de moyens de gestion
Le texte prévoit une série de mesures particulièrement attendues par les chasseurs italiens. Les régions disposeront d’une marge de manœuvre beaucoup plus importante pour fixer leurs calendriers cynégétiques. Elles pourront notamment prolonger certaines périodes de chasse au-delà du 10 février lorsque les impératifs de gestion le justifieront. Autre évolution majeure : la chasse de nuit aux ongulés pourra être autorisée dans le cadre des plans de gestion, avec l’emploi de dispositifs de vision nocturne et de modérateurs de son, jusqu’alors interdits. La réforme élargit également les possibilités d’aménagement des territoires de chasse, ouvre davantage certains espaces jusque-là très encadrés, facilite la chasse des étrangers sur des terrains privés et assouplit les règles concernant les sociétés cynégétiques privées. Sur le plan des espèces, plusieurs pourront être ajoutées à la liste des gibiers chassables selon les décisions régionales. Le bouquetin, un temps envisagé, a finalement été retiré du texte après une forte mobilisation des associations environnementales. Le loup, quant à lui, ne figure plus parmi les espèces bénéficiant de la protection la plus stricte, ouvrant la voie à de futurs plans de gestion.
L’avis des experts environnementaux perd de son poids
La réforme réduit également le rôle de l’ISPRA, l’Institut supérieur italien pour la protection et la recherche environnementale. Jusqu’à présent, ses avis techniques s’imposaient largement aux autorités régionales sur les périodes de chasse ou les espèces concernées. Ils deviendront désormais consultatifs, les décisions revenant davantage aux responsables politiques et à un comité associant représentants de la chasse et de l’environnement. L’objectif affiché est de rendre les décisions plus réactives face aux réalités locales.
Entraver une chasse légale deviendra sanctionnable
Autre nouveauté dont nous vous avions déjà informés et qui ne manquera pas d’alimenter les débats : la création d’une infraction spécifique visant les entraves aux activités cynégétiques. Désormais, toute personne empêchant ou perturbant une chasse ou une opération officielle de régulation pourra être sanctionnée d’une amende comprise entre 150 et 900 euros, même en l’absence de violences. Les associations écologistes dénoncent déjà une atteinte à la liberté de manifester. À l’inverse, les organisations de chasseurs saluent une mesure destinée à protéger l’exercice légal de leur activité contre les actions d’opposition sur le terrain. En France, une disposition comparable ne manquerait probablement pas de susciter de vives réactions chez les militants anti-chasse.
Une réforme déjà sous surveillance de Bruxelles
La réforme doit encore être examinée par la Chambre des députés pour être définitivement adoptée. Mais elle fait déjà l’objet de réserves de la Commission européenne, qui estime que certaines dispositions pourraient entrer en contradiction avec les directives Oiseaux et Habitats. Le gouvernement italien affirme toutefois vouloir défendre ce nouveau modèle de gestion de la faune sauvage, assumant une vision où la chasse n’est plus considérée comme une exception à la protection de la nature, mais comme un outil de conservation à part entière. Cette évolution sera observée de très près dans les autres pays européens, notamment en France, où le débat sur la place des chasseurs dans la gestion de la biodiversité reste plus que jamais d’actualité.












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