Colloque sur l’économie de la chasse : So Chasse donne rendez-vous à l’Assemblée nationale

Combien d’entreprises, d’emplois, d’artisans, de commerces ou de services travaillent grâce aux dépenses des chasseurs ? Pour tenter de mesurer une économie beaucoup plus vaste qu’elle n’y paraît, So Chasse organise à l’Assemblée nationale le colloque « Économie de la chasse : une filière au cœur des territoires », à l’initiative du député Daniel Labaronne le mardi 29 septembre de 14h à 18h. Pendant quatre heures, acteurs de terrain, entrepreneurs et professionnels vont suivre l’argent de la chasse pour comprendre jusqu’où il irrigue réellement nos territoires.

Aller beaucoup plus loin que le seul chiffre d’affaires de la chasse

Lorsque l’on évoque le poids économique de la chasse en France, on cherche généralement un chiffre global. Mais cette approche ne permet pas forcément de comprendre où va réellement l’argent dépensé par les chasseurs. Un euro consacré à une journée de chasse ne s’arrête pas à son organisateur. Il peut ensuite rémunérer un agriculteur, un restaurateur, un hôtelier, un éleveur de gibier ou un artisan. L’achat d’un chien entraîne pendant des années des dépenses d’alimentation, de soins vétérinaires, de dressage et d’équipement. Une arme fait travailler un fabricant, un importateur, un distributeur, un armurier, un transporteur. Une chasse peut également générer des nuitées, des repas, des achats de carburant ou des travaux d’aménagement. C’est ce ruissellement que nous voulons suivre. Et plutôt que de rester dans la théorie, nous avons choisi de poser des questions très concrètes à ceux qui font vivre quotidiennement cette économie.

Une société de chasse : où part réellement l’argent ?

Nous commencerons au plus près du terrain avec Julien Gingembre et la Chasse du Pèlerin. Nous ouvrirons en quelque sorte les comptes d’une société de chasse : locations des territoires, cultures, aménagements, chalet, équipements, repas, venaison, achats auprès des entreprises locales… Mais nous chercherons aussi à mesurer une économie qui n’apparaît sur aucune facture : le bénévolat. Combien d’heures les chasseurs consacrent-ils chaque année à entretenir un territoire, préparer les journées, aménager les espaces ou gérer le gibier ? Et combien faudrait-il payer si toutes ces tâches devaient demain être confiées à des professionnels ? La question finale sera volontairement simple : si cette chasse cessait demain son activité, qui perdrait réellement de l’argent autour d’elle ?

Quand la chasse devient aussi une activité touristique

Avec Christophe Bouyer, président de la Fédération départementale des chasseurs de Charente-Maritime, nous nous intéresserons ensuite à « Chasse Vacances ». Des chasseurs se déplacent pour venir pratiquer dans le département. Ils paient leur chasse, bien sûr, mais ils peuvent également dormir sur place, déjeuner au restaurant, acheter du carburant, fréquenter les commerces ou venir accompagnés de leur famille. L’objectif sera donc de regarder ce qui se passe au-delà du prix de la journée de chasse et de se demander quel potentiel économique pourrait représenter le développement de ce type de tourisme cynégétique à l’échelle nationale.

Avec Thomas de Villefranche, de Land Service, nous nous intéresserons à un poste de dépense rarement intégré lorsque l’on mesure l’économie de la chasse : l’automobile. Achat du véhicule, entretien, réparations, pneumatiques, carburant, assurance, pièces détachées, accessoires et aménagements spécifiques : l’utilisation d’un 4×4 ou d’un véhicule de chasse fait travailler concessionnaires, garagistes, carrossiers, équipementiers, assureurs, stations-service et artisans spécialisés. L’univers des Defender, Land Rover classiques et désormais du Grenadier permettra également d’aborder une économie particulière, celle de l’entretien et de la restauration de véhicules anciens. Là encore, nous chercherons à aller jusqu’au bout du raisonnement : que représente réellement le budget automobile des chasseurs français et combien d’entreprises en bénéficient, notamment dans les territoires ruraux ?

De l’armurerie au stand de tir : tout un écosystème économique

Avec Mathieu Sarazin, du Pistolier à Toulon, nous regarderons ce qui se passe autour d’une armurerie qui ne se limite plus à la seule vente d’armes et de munitions. Le Pistolier réunit sur un même site armurerie, 17 pas de tir sur plus de 1 000 m², formation, club et espace de restauration. Nous chercherons à mesurer ce que génère réellement un client chasseur au-delà de son achat initial : munitions, optiques, accessoires, réglages, entretien, entraînement, formation ou restauration. Mais aussi tout ce que cette activité fait travailler autour d’elle : bâtiment, sécurité, alimentation, entretien, informatique, assurances, transport ou communication. L’objectif sera là encore de suivre la dépense du chasseur et de découvrir combien d’emplois, d’entreprises et de prestataires peuvent finalement bénéficier de l’activité d’une seule armurerie

La venaison, une richesse économique encore sous-exploitée ?

Avec Charlotte de Fougères, nous nous intéresserons à ce qui se passe après le prélèvement du gibier et au potentiel économique encore largement inexploité de la venaison française. Collecte, transport, chambres froides, ateliers de traitement, bouchers, transformateurs, restaurateurs ou commerces : lorsqu’un sanglier, un chevreuil ou un cerf entre dans un circuit de valorisation, toute une chaîne de professionnels peut en bénéficier. Nous chercherons à comprendre quelle valeur peut être créée entre la sortie du territoire de chasse et l’assiette du consommateur, mais aussi quels freins réglementaires ou économiques limitent encore son développement. Avec, en perspective, une question essentielle : si davantage de grand gibier prélevé en France pouvait être valorisé localement, combien d’activité, d’entreprises et d’emplois supplémentaires pourrait-on créer dans nos territoires ?

Quand le numérique démultiplie le marché de la chasse

Avec Laurent Frileux, de NaturaBuy, nous nous intéresserons à une facette beaucoup plus récente de l’économie cynégétique : le digital. Avec environ 800 armuriers présents sur la plateforme, soit autour de 80 % de la profession française, NaturaBuy permet notamment à des commerces parfois implantés dans de petites villes de toucher une clientèle nationale. Nous chercherons à comprendre tout ce qui se cache derrière une transaction en ligne : vendeur, plateforme, paiement, logistique, transport, emballage, informatique, service client ou SAV. Le marché de l’occasion sera également abordé, avec une question intéressante : la revente d’un équipement permet-elle de recréer du pouvoir d’achat ensuite réinjecté dans l’économie de la chasse ? Enfin, nous poserons la question inverse : que perdraient les armuriers, leurs salariés, leurs fournisseurs et toute la chaîne logistique si une partie de ce commerce numérique disparaissait ?

Derrière les armureries, toute une filière industrielle et de distribution

Avec Stéphane d’Adeler, d’ECP, nous remonterons la chaîne économique avant même que le produit n’arrive chez l’armurier. Derrière une arme, une munition, une optique ou un accessoire acheté par un chasseur se trouvent des fabricants, importateurs, distributeurs, commerciaux, logisticiens, transporteurs, techniciens SAV et de nombreux autres métiers. Nous chercherons à comprendre quelle valeur économique est créée en France par cette distribution, y compris lorsqu’un produit est fabriqué à l’étranger, mais aussi ce que la chasse représente pour les armureries indépendantes, les grandes enseignes et le commerce en ligne. Salons, événements, publicité, sponsoring ou communication seront également intégrés au raisonnement : combien d’entreprises et d’emplois travaillent finalement derrière l’équipement acheté par un seul chasseur ?

Quand une dépense de chasse fait travailler plusieurs artisans

Avec Daphné de Roquefeuil, d’Alexandre Mareuil, nous entrerons dans les ateliers. Maroquiniers, malletiers, couteliers, graveurs, crossiers, bottiers, armuriers, artisans du bois, du cuir ou de la corne : la chasse entretient toute une constellation de métiers dont certains reposent sur des savoir-faire particulièrement rares. Nous suivrons notamment le parcours d’un produit artisanal pour comprendre combien de fournisseurs et de professionnels peuvent bénéficier d’un seul achat. La restauration d’une belle arme en est une illustration : armurier, crossier, graveur, spécialiste du bronzage puis malletier peuvent successivement intervenir autour de la dépense d’un seul chasseur. Derrière l’économie se pose alors une autre question : que deviendraient certains de ces savoir-faire si cette clientèle venait à disparaître ?

En Sologne, que représente un chasseur pour un hôtelier-restaurateur ?

Direction ensuite la Sologne avec Joël Danthu, de l’Auberge du Cheval Blanc. Nuitées, petits-déjeuners, déjeuners, dîners, repas de chasse ou prestations de traiteur : nous chercherons à savoir ce que représente concrètement la saison cynégétique dans le chiffre d’affaires d’un établissement situé au cœur d’un grand territoire de chasse. Mais là encore, nous irons un cran plus loin. Car l’hôtelier achète lui-même auprès de producteurs, boulangers, bouchers, viticulteurs ou autres fournisseurs. La dépense initiale du chasseur continue donc de circuler dans l’économie locale. Et la chasse présente une particularité intéressante pour certains territoires : elle apporte de l’activité durant des mois où la fréquentation touristique traditionnelle peut être plus faible.

Faire venir en France de l’argent dépensé par des chasseurs étrangers

Avec Philippe Bernon, de JP Bernon Safaris, nous changerons encore d’échelle. Chaque année, des Américains, Mexicains, Britanniques, Suédois, Norvégiens ou Espagnols viennent chasser en France. Certains séjours représentent plusieurs milliers, voire davantage, d’euros de dépenses. Mais quelle part de cet argent irrigue réellement notre économie ? Domaines, guides, hôtels, restaurants, chauffeurs, commerces, armuriers, taxidermistes… Sans oublier les accompagnants qui peuvent profiter de leur séjour pour découvrir notre gastronomie, nos vins, notre patrimoine ou faire du shopping. Nous poserons donc une question rarement abordée : la chasse peut-elle aussi être une économie d’exportation et la France exploite-t-elle suffisamment son potentiel de destination cynégétique internationale ?

À Cheverny, chasse, patrimoine et économie sont intimement liés

Avec Maximilien de Vibraye, nous nous rendrons symboliquement à Cheverny. Le château permet d’observer la question économique sous un autre angle : celui du patrimoine. La chasse et la vénerie y sont liées à l’histoire familiale, aux collections, aux chiens, aux chevaux et à l’identité même du domaine. Mais derrière cette tradition se trouve également une économie très contemporaine : salariés, vétérinaires, maréchaux-ferrants, alimentation animale, véhicules, artisans, bâtiments, tourisme, hôtels et restaurants alentour. Nous chercherons donc à mesurer ce que la chasse et la vénerie font réellement vivre autour d’un grand domaine français, mais également leur contribution à son attractivité touristique. Et nous poserons là aussi la question à l’envers : si chasse et vénerie disparaissaient demain de Cheverny, que perdraient le château et son territoire en emplois, recettes, savoir-faire et patrimoine ?

Derrière les chiens de chasse, une filière entière

Avec Fleur-Marie Desfougères, de la Société Centrale Canine, nous suivrons ensuite une autre dépense que connaissent bien les chasseurs : celle de leurs chiens. L’achat du chien n’est que le commencement. Élevage, alimentation, vétérinaire, médicaments, dressage, pensions, chenils, GPS, gilets de protection, remorques, caisses de transport, concours et épreuves de travail : un chien génère des dépenses pendant toute sa vie. Et lorsqu’un chasseur possède plusieurs chiens, voire une meute, les montants changent totalement d’échelle. Nous chercherons donc à comprendre quel poids économique représentent les chiens de chasse pour toute la filière canine française, mais aussi quel rôle la chasse joue dans le maintien de certaines races, lignées et savoir-faire d’élevage.

Une chasse commerciale peut-elle faire vivre tout un territoire ?

Enfin, avec Fabrice Bongibault, de la Chasse des Clés dans le Loiret, nous décortiquerons l’économie d’une chasse commerciale. Jusqu’à trois journées par semaine, des groupes de 6 à 15 chasseurs, certains venant de loin et restant parfois deux jours : derrière cette activité apparaissent immédiatement hébergement, restauration et déplacements. Mais l’économie commence bien avant l’arrivée des chasseurs : cultures, aménagements, bâtiments, véhicules, matériel, achat de gibier auprès des éleveurs et entretien du territoire. Puis viennent les dépenses du jour de chasse : organisation, gardes, rabatteurs, chiens, restauration ou traitement du gibier. En partant de cet exemple concret et des près de 500 chasses commerciales évoquées en France, nous tenterons de comprendre ce que cette activité peut représenter à une échelle beaucoup plus large.

Suivre l’argent plutôt que simplement l’additionner

C’est finalement le fil conducteur de tout ce colloque. Nous ne voulons pas seulement demander : « Combien pèse la chasse ? » Nous voulons savoir : « Où va l’argent de la chasse ? » Combien de fois une dépense initiale change-t-elle de mains ? Combien d’entreprises en bénéficient ? Combien d’emplois en dépendent directement ou indirectement ? Quelle part reste dans les territoires ruraux ? Quels investissements, activités et savoir-faire permet-elle de maintenir ? Et, en faisant systématiquement l’exercice inverse, que disparaîtrait-il réellement si cette économie n’existait plus ? C’est en répondant à ces questions, exemples et chiffres à l’appui, que nous espérons donner une photographie beaucoup plus concrète de l’économie réelle de la chasse française et de son ruissellement dans les territoires.

Le colloque « Économie de la chasse : une filière au cœur des territoires », organisé à l’initiative du député Daniel Labaronne, se tiendra à l’Assemblée nationale de 14 h à 18 h et sera suivi d’un cocktail. Vous souhaitez assister au colloque ? Vous pouvez nous contacter à l’adresse [email protected]. L’accès à l’Assemblée nationale nécessitant une inscription préalable, le nombre de places disponibles est limité.

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Baudouin est journaliste spécialisé dans le monde de la chasse depuis plus de quinze ans et rédacteur en chef de So Chasse. Titulaire d'une carte de presse, il a publié plus de 5 000 articles et réalisé plus de 1 500 reportages vidéo consacrés à la chasse, à la faune sauvage, aux chiens, aux armes, à la réglementation et aux territoires. Il a notamment interviewé plusieurs candidats à l’élection présidentielle en 2017 et 2022 sur leur vision de la chasse et de la ruralité. Ses reportages l’ont également conduit en Italie, en Espagne, en Écosse, en Angleterre, en Allemagne, en Autriche, en Suède, en Nouvelle-Zélande, en Nouvelle-Calédonie, au Bénin et au Mozambique. Chasseur depuis son plus jeune âge, il pratique aussi bien l’approche, l’affût, la battue que la chasse du petit gibier avec son springer. À travers So Chasse, il défend un journalisme de terrain fondé sur l’expérience, la vérification des faits et la rencontre avec les acteurs du monde cynégétique.

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